Le wifi gratuit, nouvel ennemi du supporter de foot

Va y avoir du sport Mardi 19 août 2014

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Le wifi gratuit, nouvel ennemi du supporter de foot
Des supporters du PSV Eindhoven se sont trouvés un adversaire surprenant : le wifi gratuit. Derrière leurs pancartes insolites, la critique de l'embourgeoisement des stades, dérive du foot moderne. A Manchester, par contre, le club a interdit les tablettes numériques. Schizophrène.

L'arbitre et la maman de l'arbitre

On le sait, ça fait partie du jeu, le stade de foot, c’est l’endroit où on peut communiquer sa haine ou sa colère. Oui, dans un stade, on crie, on s’énerve, on insulte les joueurs adverses, ses propres joueurs quand ils sont nuls, l’arbitre, la maman de l’arbitre, les supporters adverses, la maman des supporters adverses…

 

Parfois, dans les situations les plus délirantes, certains se retrouvent à insulter les supporters de leur propre équipe, comme à la sale époque du Parc des Princes. Mais ce qui s’est passé ce week-end, ça, on ne l’avait jamais vu.

Aux Pays-Bas, à Eindhoven, des supporters ont insulté… le wifi. Oui, oui, c’est possible.

Pour être plus précis, ils ont critiqué la possibilité de se connecter gratuitement à Internet dans l’enceinte du stade, le club ayant décidé d’équiper le stade de bornes wifi gratuites.

Une critique profonde du foot moderne

Ca s’est passé samedi, lors d’un match du championnat hollandais contre Breda. Plusieurs dizaines de supporters du PSV Eindhoven, parmi les plus chauds, ont brandi des pancartes avec le symbole du wifi barré en rouge et des messages en anglais : 

Fuck Wifi, supportez l’équipe !


 

A première vue, c’est assez surprenant. Au départ, j’ai cru que les supporters reprochaient à leurs dirigeants de mal choisir leurs investissements.

Le PSV Eindhoven, dans les années 2000, c’était un grand club qui accumulait les titres de champion des Pays-Bas et ce n'est plus le cas depuis quelques années.

 

Du coup, le message, ça pourrait être « utilisez plutôt votre argent pour acheter des grands joueurs ».

Mais en fait, le reproche, ce n’est pas ça, c’est une critique plus profonde des évolutions du foot moderne.

Selon ces supporters d’Eindhoven, en offrant le wifi aux spectateurs, les dirigeants du club les détournent de leur mission première : encourager l’équipe, faire du bruit, chanter, bouger pendant tout le match.

Si le supporter passe son match devant son téléphone à poster des photos ou à checker n’importe quoi, il n’est plus un supporter, il devient l’observateur inattentif d’un spectacle qu’on lui offre.

Se marier au stade...

Depuis des années, comme beaucoup de clubs d’Europe, le PSV Eindhoven prend des mesures destinées à refroidir les tribunes.

Le supporter est obligé d’être assis, il n’a plus le droit de fumer, les places sont plus chères. On peut même se marier au stade, ça coûte entre 800 et 1800 euros. 

En fait, ce que ces supporters dénoncent, c’est l’embourgeoisement des stades. C’est la même chose, en pire, au Parc des Princes, qui, selon beaucoup d’anciens supporters du club, ressemble chaque jour un peu plus à Disneyland.

L’actualité du sport était vraiment numérique cette semaine puisqu’il y a eu une histoire similaire Manchester. Là, c’est un problème que posent les évolutions technologiques mais du côté des clubs.

Manchester United a décidé d’interdire l’utilisation des tablettes numériques dans son stade, Old Trafford.

Ah le bon vieux temps des appareils photo jetables...

Pourquoi ? Pour deux raisons. La première, c’est que des supporters se plaignaient de ne pas bien voir le match à cause des types qui tendent leur grosse tablette au-dessus de leur tête pour prendre des photos ou des vidéos.

Vous voyez les mêmes dans les musées, ils nous font presque regretter le temps des appareils photo jetables.

Et la deuxième raison, c’est la lutte contre les vidéos prises par les spectateurs et mises en ligne, ce qui pose des problèmes de droit.

Manchester United n’est pas allé jusqu’à interdire l’usage des téléphones portables mais ce serait la suite logique.

Ces deux histoires montrent un paradoxe : d’un côté, on offre au spectateur le droit de se connecter à Internet depuis le stade mais de l’autre, on aimerait bien qu’il ne diffuse pas les photos et les vidéos qu’il prend.

Tout ça prouve que le rapport du monde du foot aux nouvelles technologies est totalement schizophrène. 

Imanol Corcostegui


 

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