Le Snapchat des problèmes de peau

L'actualité numérique Mardi 24 juin 2014

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Le Snapchat des problèmes de peau
Outre le côté peu ragoûtant d'une telle application mobile, cette dernière pose la question des risques de la santé connectée. Qui peut certes être bien pratique, mais à condition d'assurer le professionnalisme et le traitement qui se doivent d'être réservés à des données aussi sensibles.

 

Pores bouchés, points noirs, irritations... Non, ceci n'est pas un remake d'une pub Biactol des années 1980. Mais oui, cette chronique ne s'en penche pas moins sur toutes ces joyeusetés croûtées et purulentes auxquelles nous sommes finalement tous confrontés, tout au long de notre vie. Petits ou gros tracas, somme toute assez banal, mais que la technologie nous propose désormais d’appréhender sous un jour nouveau.

Car oui, merveille du monde moderne, sachez qu’il existe une app pour ça, comme le dit l’expression désormais consacrée. Une application mobile, la bien nommée First Derm ("première peau"), qui vous propose d’envoyer les clichés de vos problèmes de peau dégueulasses à des dermatologues..

 

Verrue génitale, hémorroide et syphilis

On est bien d'accord: personne n'aimerait aller mettre son nez dans le disque dur de ces dermato 2.0. Et ce d'autant plus lorsqu'on sait que 70% des photos envoyées se passent... "au-dessous de la ceinture", pour reprendre les termes mêmes du créateur de l'application, cité sur TechCrunch.

De quoi ravir tous ceux qui passent leur temps à envoyer leurs parties génitales à leurs amis sur Snapchat: bonne nouvelle les coquinous, désormais, le docteur est d’accord!

Outre la traditionnelle acné, ou les éventuels soucis fessiers des bébés, l'application permet donc d'envoyer toutes ces choses qu'il ne vaut mieux pas chercher sur Google Images... SyphilisHémorroïde… Verrue génitale... Et on en passe!

Concrètement, la procédure est simple: il suffit de prendre en photo le problème cutané en question, de le décrire brièvement, de laisser une adresse mail pour obtenir une réponse, et de l'envoyer. Un médecin vous donnera son point de vue -sachant qu'il faut entre temps quand même débourser une trentaine d’euros. Le service n'est donc pas gratuit mais évidemment, ses concepteurs assurent qu'il est efficace dans tous les cas: pour 70% d'entre eux en effet, il suffirait d'appliquer un traitement ne nécessitant aucune ordonnance pour résoudre le problème. Dans les 30% de cas restant, l'application conseille de consulter, en vrai, un médecin.

Du coup, au-delà du côté cracra de l’app, on peut dire que l’initiative n'est pas si mauvaise: elle permet par exemple à quelqu’un qui n’ose pas montrer un souci de peau un peu gênant à un médecin d’avoir au moins un premier retour.

Le souci, c’est qu’on ne sait pas grand chose sur les gens qu’il y a derrière. Et sur l’anonymat qui est censée nous être garantie.

Tes soucis d'acné stockés pendant 10 ans

Côté soignants, certaines précautions sont prises: l'application indique ainsi explicitement "ne pas se substituer à une consultation chez le médecin", et affiche quelques fiches de présentation des dermatologues censés passer en revu tous ces problèmes de peau. Il y a même un docteur français, qui alimente d'ailleurs un blog déjà fourni -si vous voulez y jeter un oeil (on vous aura prévenus).

Mais on a du mal à croire que seuls cinq praticiens, en activité, parviennent à traiter toutes ces informations. A moins que l'affaire ne fonctionne pas si bien: TechCrunch indique que l'app a été téléchargée 10.000 fois, pour un millier de diagnostics depuis janvier dernier.

Au niveau de l'anonymat en revanche, ça se corse. Certes, il ne faut donner qu'une adresse mail pour soumettre un pépin cutanée. Et il est toujours possible d'en inventer une bidon. Mais cela reste traçable. En la matière, on commence tout de même à être rodé. Au-delà des multiples affaires de surveillance par les Etats-Unis et tous leurs petits amis, je rappelle que la dernière application supposée assurer un anonymat parfait est Snapchat... et on a rapidement découvert que les clichés en question n'étaient en fait pas si intraçables...

Plus inquiétant: en cherchant un peu dans la FAQ de l'application, on apprend que nos soucis d’acné et d'hémorroïdes vont se retrouver stockés pendant… 10 ans. Associés à la date d’envoi, au texte de description… D’accord, il n'y a pas de nom associé, mais on connaît les ravages des métadonnées, et des informations recoupées entre elles...

 

Le boom de l'e-santé... et les questions qu'elle pose

Ce cas, comme tant d'autres, repose donc la question des risques de l’e-santé. Un secteur que les usual suspects investissement par ailleurs de plus en plus: Apple il y a quelques jours, Samsung ou évidemment Google, qui s’apprêterait à annoncer dès demain, un service pour centraliser des info telles que notre rythme cardiaque ou notre température.

Alors vous vous dites peut-être que ce n'est pas grand chose. Mais rappelez-vous que vous disiez exactement la même chose au moment de poster sur Facebook cette photo de vous bourré! Ou de créer ce groupe débile maintenant définitivement associé à votre nom sur Google! Pas facile de récupérer la main sur l’info une fois qu’on l’a filée, n'est-ce pas?

Imaginez alors ce que ça pourrait signifier avec vos données de santé...

Andréa Fradin


 

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Illustration: un bout de peau non identifié, PaternitéPartage selon les Conditions Initiales Certains droits réservés par Furryscaly

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