Le shutdown américain n'épargne pas les geeks

L'actualité numérique Mercredi 02 octobre 2013

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Le shutdown américain n'épargne pas les geeks
Ça s'appelle le shutdown, une bizarrerie qui interrompt automatiquement l'activité de nombreux services publics dès qu'un budget n'est pas voté à date aux États-Unis, et qui est tombé comme un couperet lundi 1er octobre. Et qui esquinte aussi le peuple d'Internet.

 

Pour nous, pauvres geeks éplorés, ce shutdown américain veut d'abord dire plus de pandas et plus de Nasa. Deux sujets qui n'ont a priori rien à voir l'un avec l'autre (non, un panda n'est pas allé dans l'espace, hélas), si ce n'est qu'ils sont chers au cœur des individus qui traînent un peu trop sur les réseaux. Et qu'ils sont aujourd'hui tout deux concernés par ce drôle de couperet budgétaire américain qui le 1er octobre a automatiquement obligé près de 800 000 fonctionnaires à ne plus travailler, entraînant logiquement dans sa suite la fermeture de bon nombre de services et d'agences publics (ici, 66 questions en anglais sur le sujet pour tout comprendre).

Ainsi au zoo national de Washington, la webcam qui retransmet la vie trépidante des pandas Mei Xiang et Tian Tian a été coupée. De la même façon, la légendaire agence spatiale américaine, la Nasa, qui vient de souffler ses 55 bougies, passe un super anniversaire, presque complètement H.S (à 97% selon le New York Times, qui explique bien au passage quels sont les services affectés par le shutdown).

Le tremblement de terre budgétaire a même des répercussions jusqu'à Mars (la planète, pas le mois), puisque le robot Curiosity en vadrouille sur ses terres voit aussi son planning bousculé. Il a d'ailleurs annoncé sur son compte Twitter perso qu'il ne papotera pas avec les internautes tout au long de la durée de ce fameux shutdown.

Mais bonne nouvelle, après avoir été lui aussi déclaré au chômage technique, il semblerait qu'il puisse en fait poursuivre une activité normale sur Mars, a rectifié le Jet Propulsion Laboratory (JPL), un contractuel de la Nasa (qui échappe donc au filet du budget non voté) qui pilote le robot à distance.

Autre soulagement, la Nasa a précisé que les six astronautes qui se baladent actuellement au-dessus de nos têtes dans la Station Internationale ne devraient pas se voir subitement abandonnés à leur triste sort, façon Gravity, le nouveau film sur l'espace qui fout les miquettes et qui sera bientôt dans les salles :

 

Plus globalement, sur Internet, c'est la même sentence que pour les pandas : on coupe tout. Tous les sites ou presque des institutions financées par le gouvernement sont en pause forcée, voire carrément fermés, n'étant pas considérés comme des activités essentielles de l'Etat. Essayez donc de vous rendre sur le site du ministère de l'agriculture (et imaginez la tête de Stéphane Le Foll s'il était soumis au même régime). Surréaliste, à l'image du shutdown.

 

Les community managers, véritables dommages collatéraux du shutdown sur Internet, se voient aussi réduits au silence. C'est le cas non seulement pour Curiosity, mais aussi pour toutes "les activités publiques de la Nasa", a indiqué l'agence. Ce qui n'est pas allé sans certains désagréments : quand le compte Twitter consacré à la surveillance des astéroïdes a annoncé son arrêt temporaire, une légère angoisse (souvent accompagnée de bonnes grosses blagues sur la fin du monde) a saisi certains internautes, inquiets de savoir ce qu'il fallait faire en cas de scénario à la Armageddon. Situation qui a tout de même poussé la Nasa à clarifier les choses :

 

 

 

 

En revanche, pas de panique : Internet en tant que tel ne devrait pas être affecté dans son fonctionnement et son architecture. Car, contrairement à ce que South Park peut dire, le réseau des réseaux n'est pas alimenté par un modem géant caché dans le sous-sol américain. Et heureusement ! Pour rappel, sauf écureuils très énervés, il est très difficile de toute façon d'arrêter tout Internet.

 

 

Ceci dit, le doute est légitime puisque certaines des organisations qui pèsent dans les orientations données au réseau (la fameuse "gouvernance") sont présentes sur le sol américain et entretiennent des relations ambiguës avec son gouvernement. C'est le cas de l'Icann, organisme de régulation du Net présentée comme indépendante et multilatérale mais sous contrat avec l'Etat fédéral, ou bien encore Verisign, une boîte qui gère quelques fonctions essentielles du réseau, comme les serveurs dits racine (lire ici pour tout comprendre) ou les célèbres .com et .net.

Mais malgré leur très grande proximité avec les États-Unis, souvent pointée du doigt par les observateurs et les autres pays (et qui a par exemple permis la suspension de Megaupload), ces organisations n'en sont pas moins privées. Et ne sont donc a priori pas affectées par le shutdown (magie d'Internet, le réseau aurait de toute façon assez bien géré leur dysfonctionnement passager). 

De la même façon, la fameuse NSA, l'agence qui surveille nos communications et particulièrement sous les feux de la rampe depuis le scandale PRISM, poursuit ses bons offices. En voyant son site officiel (www.nsa.gov) emporté comme les autres par le tourbillon du shutdown, on a eu un léger doute mais en fait non : la surveillance se poursuit bel et bien. Dommage.

SONS :

- Bande annonce de Gravity. Visiblement, au cinéma, on entend les gens crier dans l'espace et c'est tant mieux.

- I don't wanna miss a thing, BO d'Armageddon. A chanter en cas de chutes d'astéroïdes pendant le shutdown.

- Kyle fixes the Internet, extrait de l'épisode Over Logging, saison 12 épisode 6. Bel hommage.

Andréa Fradin

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