Le Retour du Vieux dégueulasse

Les lectures Lundi 10 février 2014

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Le Retour du Vieux dégueulasse
Des chroniques inédites de Charles Bukowski, pour renouer avec l’instabilité éruptive de cet écrivain hors-système.

Bukowski a eu beau disparaître en 1994, ses livres continuent de réjouir en nous le lecteur pervers, le citoyen désabusé et l’alcoolique refoulé.

Après ses poèmes en 2008 (Les jours s’en vont comme des chevaux sauvages dans les collines), son éducation européenne en 2012 (Shakespeare n’a jamais fait ça), c’est maintenant la suite inédite du Journal d’un Vieux dégueulasse qui vient encanailler notre bibliothèque.

  Le Retour du Vieux dégueulasse rassemble donc les chroniques écrites pour Open City, un journal underground de Los Angeles. Charles Bukowski leur remettra pas moins de 89 contributions, graissant ainsi chaque semaine  les rouages de sa productivité. Ses meilleures chroniques furent publiées en 1969, le propulsant sur la scène internationale dans les habits trop grand de chef de file d’un nouveau genre littéraire américain. Mais Bukowski n’aimait ni les cercles, ni les étiquettes. Il refusa toujours d’être assimilé à la « Beat Generation », et le Retour du Vieux dégueulasse s’ouvre en tirant sur les hippies.

L’ésotérisme new-age n’est pas le seul à prendre pour son grade. Le mariage et le couple, le travail ou le patriotisme ne sortent pas indemnes de ce recueil. Avec les armes de la fiction, ou à peine caché derrière de longues parenthèses amères, l’auteur des Contes de la folie ordinaire dézingue les avatars de feu le rêve américain : ses malheureux semblables sont « solitaires et frustrés », et « nous nous tuons nous-même avec le sexe et le travail ».

Cela n’empêche pas Bukowski – même mort – d’aimer toujours autant les femmes et de détester l’être humain avec la même passion. Les insultes fusent au milieu des aphorysmes (dont le très sage : « A de rares exceptions près, ceux qui vous traitent de trous du cul sont eux-même des trous du cul .» Merci Buk, on s’en souviendra).

Derrière la férocité des dialogues et des scènes de baston, on devine un Bukowski luttant comiquement contre sa propre misanthropie. Hélas, la route vers l’autre est semée de vieux rades, de croupes et de voyous : les tessons visent les étoiles mais ratent généralement leur cible.

 

Tout ce travail de sape n’enlève rien au charme de ses « proses merdeuses ». Il sublime même la lame de fond qui les traverse : « sur un mode plus sérieux, je suis horrifié par la souffrance que doit endurer un être humain, et j’aurais tendance à penser que cette Saloperie de Douleur ne disparaîtra jamais. Rester en vie dans une société aussi insensée qu’insensible n’est pas une mince affaire – mais faire face à l’horreur universelle relève de l’exploit. »

 

 

 


 

Photo : ©Salomé Kiner

 

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