Le numérique, dernier bastion machiste ?

le Reportage de la Rédaction Jeudi 13 février 2014

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Le numérique, dernier bastion machiste ?
"L'informatique, c'est un métier de mec". Un vieux cliché éculé ? Pas tant que ça. Dans le numérique, les comportements sexistes encore très présents découragent parfois des vocations naissantes chez les jeunes femmes. Les machos du high tech auraient pourtant tout intérêt à favoriser la parité.

Les chiffres sont assez parlants : en France, un tiers des sociétés sont créées par des femmes, tous secteurs confondus. Dans celui des nouvelles technologies, seulement un créateur d'entreprise sur dix est une créatrice.

Dans ce domaine pourtant réputé novateur et moderniste, l'obstacle est double pour les femmes. D'une part le fameux "plafond de verre", qui leur complique l'accès aux postes d'encadrement. De l'autre, cette sous-représentation féminine dans les métiers de l'informatique et du numérique, qui décourage les vocations naissantes, comme un serpent qui se mord la queue.

"Et pourtant, le code, c'est glamour", nous dit une étudiante en informatique © Sébastien Sabiron
 

Clémence Barthoux est étudiante en 3 ème année à Epitech, la plus grande école d'informatique privée de France, qui délivre un diplôme à Bac + 5. Elle a créé l'association E-mma, afin de promouvoir la diversité dans le numérique. Premier chantier : déloger des stéréotypes solidement ancrés dans l'esprit des jeunes femmes elles-mêmes. 

Quand je parle d'informatique à des lycéennes, j'ai l'impression de leur parler du bâtiment. Elles se disent que ce n'est pas pour elles, que c'est trop dur, que c'est un truc de mecs. Les parents y sont pour quelque chose, en poussant leur fille vers les voies qu'ils estiment les plus adaptées. Et l'informatique n'en fait jamais partie.


Clémence Barthoux (au centre) © Sébastien Sabiron


A Epitech, les femmes représentent un peu plus de 4% de l'effectif étudiant. Clémence dit n'avoir jamais eu à souffrir de remarques sexistes, à peine un soupçon de machisme ordinaire, lié selon elle à "l'effet de masse", de cette testostérone rassemblée dans les mêmes amphis.

Mais les clichés ont la vie dure et dans le monde du numérique, le sexisme s'exprime parfois sans détours, comme en témoigne ce tweet publié en novembre dernier par Jorge Cortell, PDG de la start-up Kanteron Systems :

 

"Je participe à un événement censé être réservé aux entrepreneurs, mais quelqu'un y porte des talons. WTF ? #pasdecerveau"

Malgré les réactions indignées, le grand patron persiste dans l'élégance, estimant que les "talons aiguille sont mauvais pour la santé" que ceux qui en portent "sont stupides". Un comportement qui renforce l'image "viriliste" et machiste du numérique. Totalement contre-productif, tant la présence de femmes dans le high-tech accroit la compétitivité des entreprises.

Selon une récente étude de la Commission Européenne, une parité mieux respectée se traduirait par un gain d'environ 9 milliards d'euros par an pour le PIB européen.

Fleur Pellerin et Delphine Ernotte, directrice générale d'Orange France / cc Flickr par @cpe

   
En France, Fleur Pellerin (ministre de l’Économie numérique) et Najat Vallaud-Belkacem (ministre des Droits des femmes) veulent endiguer le sexisme qui gangrène le secteur pour inciter les femmes à embrasser une carrière dans la French Tech. Le Conseil national du numérique a été saisi d'une mission sur l'image des femmes dans le web. Il fera des propositions à la fin du mois de mars.

Reportage, photos : Sébastien Sabiron.



Image de couverture : via Tech Cocktail

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