Le musée Tiananmen ouvre ses portes à Hong Kong

Pendant ce temps, à Vera Cruz (old) Mercredi 04 juin 2014

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Le musée Tian'anmen ouvre ses portes à Hong Kong
Le 4 juin 1989, il y a 25 ans, l'armée chinoise réprime violemment les manifestions de la place Tiananmen. Aujourd'hui encore, le bilan des victimes est inconnu. Pour la première fois, un musée entièrement consacré au "Printemps de Pékin" a ouvert ses portes à Hong Kong. Visite.

Avril 1989. Etudiants, enseignants et intellectuels chinois réclament une "cinquième modernisation", celle de la démocratie et du multipartisme, dans le sillage des "quatre modernisations" entammées par la République populaire de Chine. Portés par leur désir de liberté, ils multiplient les sit-in, les manifestations et les grèves de la faim. Face à l'Assemblée Nationale, la Place Tiananmen devient le lieu emblématique de la contestation.

Fin mai, après plusieurs tentatives de négociation, le gouvernement chinois instaure la loi martiale et envoie les chars de l'armée "nettoyer" la place.


Des dizaines, des centaines, des milliers de morts ? Aujourd’hui aucun bilan fiable n’existe. Pékin étouffe toutes les informations ayant un lien avec ce que certains appellent "le massacre de la place Tiananmen".

Le 26 avril dernier, un musée permanent consacré aux événements a ouvert ses portes à Hong Kong. Une première historique.

Reprod. de la déesse de la démocratie et de la liberté, érigée par les étudiants en 1989 © C. Robin
  

Le petit musée de 75 m² est situé au 5ème étage d’un immeuble délabré, dans le quartier de Tsim Sha Tsui, en plein centre de Hong Kong. A l’extérieur, aucune indication en anglais ne laisse supposer sa présence. L’intérieur est éclairé par une lumière tamisée.

Accrochés à de grands panneaux, des photos et des articles retracent les différentes étapes des manifestations de la place Tiananmen, entre avril et juin 1989. Des écrans diffusent en boucle des vidéos tournées à l’époque.

Sur les portes de l'ascenceur, des photos des manifestations © Clément Robin
 

L’idée de créer un musée émane de l’alliance hong kongaise de soutien aux mouvements démocratiques et patriotiques en Chine. Richard Tsoi est le vice-président de cette association :

Il y a 25 ans j’étais moi-même à l’université. J’ai participé au mouvement démocratique de 1989 et j’ai organisé des manifestations étudiantes à Hong Kong, pour soutenir le mouvement citoyen de Pékin. C’est pour ça que depuis le massacre du 4 juin, j’ai toujours espéré que justice soit faite.



Pour Richard Tsoi, ce musée n’est pas seulement à destination des Hong Kongais, qui ont déjà accès à une information libre. La cible, c’est surtout les touristes chinois, de plus en plus nombreux à visiter l’ex colonie britannique rendue à la Chine en 1997. Ils étaient 40 millions en 2013, 16% de plus qu’en 2012.

Deux étudiants hongkongais, parmi les 200 visiteurs quotidiens du musée © Clément Robin

Fred, un étudiant hongkongais, concerné par le devoir de mémoire : 

 

La plupart des touristes chinois qui viennent ici ne savent pas ce qui s’est passé parce que les autorités bloquent internet et Youtube. En visitant ce musée, ils peuvent voir des photos, qui peuvent les faire réfléchir sur ce qui est arrivé le 4 juin. Je pense que ça peut les faire changer d’avis.


  
Pour le moment, Hong Kong jouit toujours d’une certaine autonomie vis-à-vis de Pékin, chère à une bonne partie des 7 millions d’habitants. Mais sous l'influence grandissante de la Chine, de plus en plus de Hongkongais craignent à terme de perdre leur liberté d’expression.

Reportage signé Clément Robin. Mise en page : Sébastien Sabiron.

 


 

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