Le meilleur coiffeur de Hararé

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Le meilleur coiffeur de Hararé
Crêpage de chignon et soif de libertés dans le petit monde capillaire du Zimbabwe

Elle s’appelle Vimbai, elle a 25 ans, elle habite Hararé, capitale du Zimbabwe. Elle pourrait aussi bien être new-yorkaise ou londonienne, tant sa vie ressemble à celle de millions d’autres femmes : fille-mère abandonnée par un amant volage, embourbée dans des conflits familiaux et condamnée à trimer pour offrir une vie décente à sa fille. Ca ne fait pas d’elle une victime, loin de là.
A Hararé, c’est elle, la « poule aux œufs d’or »  du  « Khumalo Coiffure et Soins de Beauté ».

 

 

Un choix judicieux pour Tendai Huchu, l'auteur du Meilleur coiffeur de Hararé, qui voit dans cet espace privilégié de commérages et de tensions l’endroit idéal pour camper le nœud d’une intrigue et balayer toutes les différentes strates d’une société multiple.

Ce salon, toute la ville se déplace pour s’y faire coiffer par Vimbai, qui a une idée bien précise de la beauté :

Pour être une coiffeuse prisée, il n’y a qu’un secret et je ne l’ai jamais caché à personne : lorsqu’elle quitte le salon, votre cliente doit avoir la sensation d’être Blanche


 

 

Plus qu’un physique, ce canon esthétique, c’est un « état d’esprit », et Vimbai l’entretient : son salaire, qui fluctue avec le cours changeant du dollar, elle l’investit dans l’école privée de sa fille, et dans la paie de sa domestique. Elle habite à Eastlea, et au Zimbabwe, « un quartier qui porte un nom anglais est un bon quartier ».

Prisonnière de cette vie de façade, elle s’accroche à sa petite réputation pour supporter un quotidien entre contraintes et solitude. L’arrivée de Dumisani va bouleverser cette routine. Dumisani, le beau gosse aux doigts de fées qui vous transforme n’importe quel laideron en clone de Naomi Campbell. Dumi, qui tresse et lisse aux rythmes de l’urban groove zimbabwéen, cette nouvelle génération nourrie aux cultures occidentales, les pieds dans la tradition, la tête dans l’écran MTV.

 

Le nouveau chouchou de ces dames va voler la vedette à Vimbai et troubler cette fierté arrogante et têtue. Malgré la concurrence, une forme de solidarité nécessaire s’installe entre les deux rivaux. Vimbai a besoin d’argent ; Dumi a besoin d’un toit. Vimbai a besoin d’une présence paternelle pour sa fille ; Dumi a besoin d’un alibi féminin pour sa famille.

Et c’est ainsi, par touches ordinaires, entre fêtes de famille et querelles de travail, que Tendai Huchu peint le portrait d’une jeunesse ordinaire : gourmande, fiévreuse, éprise de liberté.

De quiproquos en arrangements, les deux coiffeurs virtuoses slaloment dans le Zimbabwe d’aujourd’hui. Véritable vaudeville africain, Le Meilleur coiffeur de Harare met en scène toute la panoplie des interdits, des codes moraux et autres abus solidement ancrés dans ce pays encastré.

Il montre aussi qu’avec un peu de ruse, tout le monde vit plus ou moins sa vie normalement. Et n’allez pas dire à Tendai Huchu qu’il dénonce ici l’homophobie, la corruption ou les inégalités sociales :

 

 


 

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