Le gratos ça peut rapporter bonbon

La Pop au carré Jeudi 27 mars 2014

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Le gratos ça peut rapporter bonbon
King.com, la société éditrice de Candy Crush Saga a fait une entrée remarquée en Bourse hier. En 2013, King.com a généré 1,88 milliard de dollars de chiffre d’affaires essentiellement grâce à son jeu social à bonbons. Candy Crush, c'est 97 millions d'utilisateurs dans le monde. La plupart jouent sans lâcher un centime, c'est donc une infime minorité qui a fait la fortune de King.com et d'autres créateurs de social games. Merci le "free to play".

Initié sur PC par des jeux vidéo à faible budget, le free to play s'est généralisé aux jeux sociaux. Il a free, il a tout gratuit ? Pas tout à fait. Installer le jeu sur Facebook ou sur mobile ne coûte rien, y jouer non plus... jusqu'à un certain stade. Pour progresser de niveau, gagner d'autres vies, allonger son temps de jeu, là il faut payer. Autrement dit, c'est l'addiction qui devient lucrative. 

Pour Cédric Deniaud, cofondateur du cabinet conseil Internet The Persuaders à Paris, il y a trois règles pour créer l'addiction :

  • La simplicité du jeu
  • Sa viralité via Facebook pour inciter les proches à jouer
  • Les micro-fonctionnalités payantes qui permettent d'évoluer dans le jeu.


Au passage, les plateformes comme Facebook, Google Play et AppStore touchent 30% des transactions.

Criminal Case, le Candy Crush à la française?

Elu meilleur jeu Facebook en 2013, Criminal Case a conquis 100 millions d'internautes, six millions de joueurs actifs revendiqués chaque jour et plus de 10 millions de dollars de recettes l'an passé. Le prochain passage à iOS permettra sans doute de doubler les recettes.

Pas de bonbons, l'équipe de Pretty Simple, le studio parisien qui l'a développé, est plutôt branchée énigme policière, créneau jusque là délaissé sur Facebook. Avec 60 salariés actuellement, Pretty Simple va presque tripler son effectif en embauchant 100 nouveaux collaborateurs d'ici 2015.  

Dans ses bureaux près de Ménilmontant, l'équipe de Pretty Simple passera de 60 à 160 salariés d'ici l'an prochain © Bénédicte Dupont

 

Si vous aimez les histoires policières, vous continuerez d'en lire ou d'en regarder à la TV pendant de nombreuses années. On pense que c'est la même chose avec Criminal Case : une fois le doigt mis dans l'engrenage, vous avez envie d'en savoir plus.


 

A l'instar des autres jeux sociaux qui cartonnent, à peine 1 à 2% des utilisateurs de Criminal Case mettent la main à la poche pour ces micro-fonctionnalités. Corentin Raux et Bastien Cazenave, les patrons de Pretty Simple misent sur un minimum de licences, une par an max. Et n'envisagent absolument pas une entrée en Bourse.

Oublie la créa, oublie le fun, think marketing

80% des applis sont téléchargées moins de 1000 fois, et à peine 5% sont rentables. Très peu d'acteurs font beaucoup d'argent. Ca donne une idée de la profitabilité du secteur des jeux sociaux. Et nombreuses sont les start-ups qui se sont engouffrées dans la brèche pensant faire fortune. 

D'autres sociétés tirent leur épingle du jeu en France. Il y a par exemple Mob In Life, installée dans une pépinière parisienne (X ème arrondissement). Son jeu-phare : Phone Fight, sorte de mix entre le Tamagoshi et les Pokémons, 3 millions d'utilisateurs sur mobile. Son dernier-né : City Domination, un jeu stratégique de géolocalisation via Google Maps, 100.000 téléchargements en un mois.

Autres jeux sociaux made in France, ceux de Mob In Life, sur mobiles. A gauche le petit dernier, City domination. A droite le block-buster Phone Fight © Mob In Life

 

Grégoire Mercier, co-fondateur de Mob In Life, estime qu'il y a trop de startups qui se sont lancées dans les jeux sociaux sans stratégie en pensant réussir facilement avec un thème sympa. Résultat, beaucoup se sont plantées. Le business des jeux sociaux, ça n'est pas de la rigolade entre copains créatifs. C'est un marché analytique, scientifique, mathématique.

Une fois le produit lancé, ils analysent le comportement des joueurs pour adapter le jeu. La promotion aussi est très ciblée pour limiter les risques. Chez Mob In Life, les décisions sont prises à part égale entre les créateurs et le service marketing.

 

Il ne s'agit pas de choisir un thème fun qui fait plaisir à un de nos créateurs en espèrant que ça marche.


 

Autre écueil : la dépendance d'une société à un seul jeu-phare. Le chiffre d'affaires de King.com dépend à 78% de Candy Crush. Ses autres jeux, Pet Rescue et Farm Heros ne rassemblent "que" 35 millions de joueurs à eux deux. Mercredi, l'éditeur a un peu raté son entrée en Bourse : le cours de ses actions a dégringolé de 9% dès les premières minutes de cotation.

Les analystes craignent que la société anglo-suédoise connaisse le même sort que Zynga, précurseur des jeux sociaux sur Facebook. Pas de pot, son produit fétiche, Farmville est passé de mode en deux ans. En 2012, 100 millions d'actions Zynga à 10 dollars avaient été mises en vente en Bourse à 10 dollars. Elles en valent moins de 5 aujourd'hui.

Reportage signé Bénédicte Dupont

 


 

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