Le festival Spot et ses révélations

Les trouvailles de Pascal Bertin Lundi 05 mai 2014

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Les révélations du festival Spot
Le festival Spot vient de fêter ses 20 ans dans sa ville d'Aarhus et a une nouvelle fois permis d'exposer les noms de la scène danoise et scandinave. Petit bilan non exhaustif.

 

Deuxième ville du Danemark, Aarhus a bien de la chance. Elle bénéficie d'un impressionnant réseau de salles et de lieux publics (Centre des congrès, musées...) qui se mettent chaque année en quatre pour accueillir les nouvelles pousses de la scène danoise ainsi que des artistes norvégiens, suédois... et un seul Finlandais, le chevelu Jaakko Eino Kalevi qui vient récemment de signer avec le label indépendant british Domino.

 

Petit pays, grands artistes

Pour le Danemark, pays de moins de six millions d'âmes, la survie pour un artiste passe souvent par sa capacité à toucher un public hors de ses frontières, à commencer par l'Allemagne, pays limitrophe et marché de 80 millions d'habitants.

Les pays anglo-saxons représentent aussi un débouché important pour tous les artistes scandinaves ainsi qu'une source d'inspiration inépuisable. Le festival Spot résume ainsi parfaitement l'influence de la pop, du rock psychédélique ou de l'électro sur des artistes qui privilégient facilement la langue anglaise.

Spot, c'est aussi un festival qui expose tous les artistes, y compris ceux déjà confirmés qui affichent plusieurs albums au compteur, comme les rockeurs de The Blue Van ou les hardeux de Pet The Preacher, ce qui a au moins l'avantage de garantir une vraie solidité scénique à tous ces artistes à défaut d'une identité forte.

 

Pop psyché, électro et folk envoûtante

Au rayon pop psyché, mention spéciale au groupe Amason qui a logiquement préféré les palmiers californiens pour faire grandir sa musique qui ne manque ni de groove ni de chaleur, là ou Treefight for Sunlight excelle dans un genre sage où l'on est en droit de se tourner vers les modèles que sont Fleet Foxes d'un côté, MGMT de l'autre et que Sleep Party People se retrouve trop vite limité par son dispositif de masques de lapins qui empêche la glace de se briser avec le public. Dommage.

Chez les solitaires, on a préféré l'électro gentiment envoutante de Sea Change à la folk presque trop maîtrisée de la Suédoise Sumie, tandis que Jaakko Eino Kalevi propose une électro pop prometteuse qui demandera d'étoffer le groupe sur scène pour vraiment gagner en densité autant qu'en diversité.

 

Impression mitigée dans le secteur électro ou en dépit d'une programmation décevante en quantité, quelques artistes ont tiré leur épingle du jeu danois. A commencer par The Portuguese Man of War, projet de l'homme qui se cache derrière le pseudonyme Under Byen, qui a su profiter de l'aubaine de jouer au sommet du musée Aros, dans un couloir circulaire aux vitres aux couleurs de l'arc-en-ciel qui modifient la lumière en fonction de l'endroit où l'on se trouve, chef d'œuvre (en photo) signé de l'architecte Olafur Eliasson. Forcément magique.

 

The Portuguese Man of War live at Aros Museum, Aarhus

 

Avec 150 artistes programmés sur une vingtaine de scènes réparties en cinq lieux différents dans la ville, impossible de tout voir, de tout entendre, donc intérêt à sonder les autres participants histoire d'omettre le moins de noms possibles.

Grand gagnant du sondage représentatif de quatre professionnels français de la musique (Aziliz Benech du MaMA à Paris, Dro Kilndjian du festival Marsatac à Marseille, Joran Le Corre du festival Panoramas à Morlaix et Yvan Taïeb du label Roy Music), le producteur Sekuoia, tout juste 20 ans et qui s'est déjà emparé du dubstep et de l'electronica pour une formule personnelle et emballante; et les deux de Broke qui maltraitent l'électronique à grands coups de post-punk et de beats apocalyptiques.

http://soundcloud.com/upmyalley/sekuoia-something-we-lost

 

Mention spéciale du plaisir à Bon Homme, projet solo du moustachu chanteur de WhoMadeWho qui a offert un live sexy et débridé, dansant et enthousiasmant comme s'il vivait une parfaite deuxième vie en dehors de son groupe.

Enfin, seconde mention spéciale à Malpractice, quatuor sidérant qui marie de sombres riffs à une pop sucrée. Vu dans un l'espace minuscule d'un bar enfumé, son set du lendemain sur une vraie scène aura paradoxalement légèrement déçu en dépit d'un meilleur son qui semblait lui faire perdre la fraicheur et la spontanéité de la veille. Mais une excellente note dans l'ensemble.


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