Le féminisme, c'est le nouveau cool

Rien à voir Lundi 03 novembre 2014

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Le féminisme, c'est le nouveau noir
La presse féminine se revendique féministe, et nous prend, par la même occasion, pour une belle bande de couillonnes.

 

Je préfère mettre les choses au point tout de suite.

D'abord, je tiens à dire que dans l'absolu, je n'ai rien contre la presse féminine. Vraiment. Je suis moi-même lectrice occasionnelle de ce type de magazines. Il m'arrive en effet de lire Biba, Elle ou Glamour de temps en temps. Mais enfin, entre nous, j'ai aussi déjà ravalé mon vomi, et un jour, j'ai trouvé un vieux Curly desséché sous mon canapé. Et je l'ai mangé. Alors on peut estimer que je ne suis pas tout à fait une référence en termes de projets de vie.

 

Ensuite, je dois également préciser que j'ai moi-même travaillé pendant un an pour le site d'un magazine féminin, que, pour des soucis de confidentialité, nous appelerons Grazio. Autant dire que je connais la presse féminine de l'intérieur. Je précise également, pour être tout à fait honnête, que mon CDD n'a pas été reconduit pour "incompatibilité d'humeur". Le fait que je sois la seule à m'alimenter trois fois par jour, ça a en effet un peu cassé l'ambiance dans l'open space.

La presse féminine est devenue à peu près aussi divertissante qu'une irritation du côlon

Et puis enfin, je fais partie des gens qui estiment qu'un titre de presse qui t'explique comment mettre du vernis sans dépasser ou que ton signe lunaire c'est gémeaux, bah ça reste un titre de presse. C'est pas le Monde Diplo mais c'est pas ce qu'on lui demande. A la base, on lit la presse féminine pour se divertir. Et c'est bien le problème.

Depuis quelques années, la presse féminine est en effet devenue à peu près aussi divertissante qu'une irritation du côlon.

C'est à dire qu'aujourd'hui, lire Elle, Glamour ou Grazio de bout en bout c'est la garantie de finir avec la conviction que tu es la cellule-souche de la gastro-entérite.

La faute aux mannequins choisis pour les séries mode dont l'indice de masse corporelle est généralement celui d'un petit Malawite dénutri et qui te donnent l'impression de frôler l'obésité morbide.

La faute aussi aux injonctions contradictoires d'un numéro à l'autre. Une semaine, on te dit que les kilos en trop, c'est dans la tête. Alors que que bon, même si t'avais séché les cours de SVT, les kilos en trop, tu les situais quand même bien au niveau de ton cul. Et puis, la semaine d'après on t'explique comment perdre tes kilos superflus grâce à un nouveau régime qui consiste à ne manger que les jours impairs.

"Le ciment du couple, c'est la pipe"

La faute enfin, aux articles sexo. Il y a bien longtemps, la presse féminine s'inspirait du Deuxième sexe de Simone de Beauvoir et prônaient l'émancipation des femmes. Aujourd'hui, elle t'explique, comme l'a fait le magazine Elle il y a quelques temps, que, je cite,  "le ciment du couple, c'est la pipe".

C'était un article tout ce qu'il y a de plus premier degré qui t'expliquait que le secret de longévité du couple, c'est pas les concessions, la communication, ou le partage des tâches. Mais une bonne petit éjac faciale. La journaliste racontait en effet doctement et témoignages à l'appui que pour faire durer son couple, il faut sucer. Et avec le sourire s'il vous plait, même si techniquement, c'est pas facile. Visualisons tous ensemble, pendant quelques secondes une fellation administrée avec un sourire épanoui.

Rappelons enfin, que le magazine Elle, c'est bien ce magazine qui chaque semaine a offert une page entière de chronique à Nicolas Bedos. Un magazine censé être dédié au bien être des femmes qui offre une tribune à Nicolas Bedos, c'est à peu près aussi cohérent que de se déclarer sain d'esprit et voter Jacques Cheminade.

C'est pour toutes ces raisons que quand le magazine Elle et les autres commencent à se revendiquer féministes, ça fait un peu saigner du nez. C'est ce qu'a fait de manière très précise la version britannique du Elle. Le mois dernier, le magazine a en effet commercialisé des T-shirts, à 57 euros tout de même, sur lesquels figure l’inscription : This is what a feminist looks like.

 

 

A ce stade, déjà, on pouvait se dire qu'ils nous prenaient un peu pour des couillonnes. Mais c'est pire encore, le journal The Mail on Sunday a enquêté et vient de révéler les conditions de fabrication du dit T-shirt. Je cite Rue89 qui a relayé l'enquête:

" Les journalistes sont remontés jusqu’à l’Ile Maurice, où des femmes immigrées sous-payées fabriqueraient ces vêtements à la chaîne avant de s’écrouler de fatigue dans des dortoirs de seize personnes"

Je concluerais bien cette chronique en disant que grâce à cette enquête, Elle l'a globalement bien dans le cul. Mais que le cul c'est dans la tête, alors ça va.

Mais je vais plutôt finir en vous conseillant la lecture du désopilant livre O feminin point conne paru aux éditions Denoel. Une sorte de Gorafi de la presse féminine qui décrypte avec intelligence l'hypocrise et la bêtise de ce type de torchons.

Parce que visiblement, le torchon, c'est le nouveau cool.

Nadia Daam


 

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