Le Danemark bichonne les jihadistes repentis

Pendant ce temps, à Vera Cruz (old) Mardi 28 octobre 2014

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Le Danemark bichonne les jihadistes repentis
Alors qu'en France, ils sont poursuivis par la justice, le Danemark préfère user de la méthode douce pour les jihadistes de retour au pays. La police d'Aarhus, deuxième ville du pays, a mis en place un programme de dé-radicalisation sur la base du dialogue.

 

L'an dernier, deux élèves du lycée Langkaer, à Tilst, dans la banlieue d'Aarhus, ont pris le chemin de la Syrie. Ils sont partis du jour au lendemain. Six mois plus tard, les deux adolescents rentraient horrifiés par ce qu'ils avaient vus là-bas. Ils pensaient passer par la case prison en retournant chez eux, mais finalement on les a très vite retrouvés sur les bancs du lycée, après un simple entretien avec les services secrets.

Kader Maïkal, employé du programme de dé-radicalisation d'Aarhus © Gaële Joly

 

Kadel Maïkal les a accueillis à leur retour. Originaire de Djibouti, il est professeur de français et d'arabe au lycée Langkaer, mais il est aussi l'un des mentors du programme de dé-radicalisation d'Aarhus. Une sorte de grand frère, qui les accompagne au quotidien. "Quand ils sont rentrés, on avait des psychologues pour eux, la famille était là, avec la police, les gens ne leur voulaient que du bien. Même pour eux c'était étonnant." 

Le pari est, par cette tolérance inattendue, de changer leur regard sur la société danoise :

Aujourd'hui, je suis retourné à l'école, j'ai une vie normale.


 

Depuis 2011, sur la centaine de Danois partis en Syrie, seize en sont revenus, dont dix suivent le programme de dé-radicalisation d'Aarhus. C'est le cas d'Ibrahim, jeune lycéen d'origine somalienne mais qui a grandi au Danemark. Après six mois en Syrie aux côtés d'une brigade islamiste pour "libérer la population du régime de Bachar Al-Assad", il est revenu "parce que sa mère l'a supplié".

Son père a appelé la police. Le jeune jihadiste raconte que les services secrets ne l'ont pas menacé. "Ils sont venus frapper à ma porte au bout d'une semaine et ils m'ont demandé si j'avais besoin d'aide."

Une victime, pas un terroriste.


 

Plutôt que de parler de méthode douce, les autorités d'Aarhus préfèrent parler d'approche par le dialogue, avec la police et les services sociaux, avec les familles, l'école... Tout un maillage se forme autour du jihadiste pour réussir à le réintégrer.

Allan Aarslev, le responsable du programme de dé-radicalisation, installé au dernier étage du QG de la police locale, explique : "On ne donne pas de cadeaux aux gens qui reviennent de Syrie, mais on aide ceux qui en ont besoin. Il ne s'agit pas de dire "je veux un appartement", "je veux retourner en cours". On estime le risque et on voit ce qu'on peut faire."  Le tout coûte 400.000€.

Quartier général de la police d'Aarhus © Gaële Joly

 

L'autre volet du programme, c'est le dialogue avec la communauté musulmane de la ville. L'an dernier, sur les trente jeunes qui ont quitté Aarhus pour la Syrie, vingt-deux avaient fréquenté la mosquée de Grimhojvej, réputée pour être la plus radicale de la ville. Les responsables de l'établissement ont été accusés d'encourager les jeunes à partir faire le jihad.

Depuis janvier, ils ont finalement accepté de collaborer. Ils se retrouvent toutes les trois semaines avec la police et la mairie. Fadi Abdallah, le porte-parole, considère que "c'est une manière de montrer qu'on ne fait pas de lavage de cerveau. On coopère parce qu'on veut empêcher les jeunes de partir." 

Les résultats semblent concluants : un seul jeune est parti en Syrie depuis le début de l'année.

 

 


 

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Reportage et photo de couverture : Gaële Joly

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