Le créateur des pop-ups s'excuse

L'actualité numérique Lundi 18 août 2014

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Le créateur des pop-ups s'excuse
Et il s'excuse pour tout. Pour ces fenêtres publicitaires qui s'ouvrent par dizaines quand on navigue sur Internet, mais aussi pour avoir centré le web sur la pub et par extension, pour avoir permis la surveillance généralisée.

 

Mea maxima culpa: c'est tout l'Internet qui a droit à des excuses solennelles de la part d'un certain Ethan Zuckerman. Si ce nom ne vous dit probablement rien, vous connaissez pourtant très bien Ethan Zuckerman. Ou en tout cas le fruit de son travail.

Car ce développeur, désormais à la tête d'une des branches du prestigieux MIT, le Center for Civic Media consacré à l’engagement citoyen sur Internet, est aussi... le créateur des pop-ups.

 

Plaie du Net

Oui, je parle bien de cette véritable plaie du réseau qui fait apparaître sur notre écran des pubs le plus souvent complètement absurdes. Pour une voiture, pour un nouveau jeu en réseau, pour gagner de l’argent et aussi, parfois, il faut le dire, puisque nous en avons tous fait l'expérience au moins une fois, pour des sites de cul.

Avec, pour ne rien enlever à ce plaisir si particulier, un accompagnement sonore bien fort, dont on n'arrive jamais à identifier la source pour le faire taire. Avouez que vous aussi vous êtes fait avoir par monsieur “vous voulez gagner de l’argent sur Internet? J’ai la solution!"

Pour tout ça donc, pour ces milliers voire ces millions de popups qui ont vérolé notre histoire d’amour avec Internet, Ethan Zuckerman s’excuse donc platement. Et explique longuement dans une tribune sur le site américain The Atlantic comment lui, et ses collègues, en sont arrivés à la fin des années 1990 à créer, je cite, “l’un des outils les plus détestés de la palette des publicitaires”.

La naissance du pop-up

Il explique ainsi qu’à l’époque, il travaillait sur un site d’hébergement de pages perso, tripod.com. Service qui, contrairement à aujourd’hui, n’était pas du tout répandu. Pour faire tourner ce site, se posait déjà la question qui hante encore aujourd’hui les entrepreneurs du web (et globalement tous ceux qui bossent sur Internet): quel est le sacro-saint business model ? En résumé: comment gagner de l'argent avec le web ?

Il raconte en avoir essayé des douzaines différents, de l’abonnement à la vente de tee-shirt, jusqu’à en venir à la pub. Et donc à la pub qui s’ouvre dans une fenêtre différente, parce que, toujours selon Ethan Zuckerman:

Un important constructeur automobile flippait d’acheter une bannière publicitaire susceptible de se retrouver sur une page célébrant le sexe anal.


 

Et c’est là que ça devient intéressant. Non pas pour l’anecdote sur la sodomie et les voitures, mais sur le fait qu’Ethan Zuckerman ne se contente pas, comme on aurait pu le penser, de se flageller simplement pour le côté pénible des popups. Non, il va en fait beaucoup plus loin que ça en se blâmant d’avoir contribué à bâtir un Internet tourné entièrement vers la pub… et la surveillance.

Un Internet de pub... et de surveillance généralisée

En plus de la fonctionnalité popup, Ethan Zuckerman explique avoir aussi devancé les modèles actuels tels que Facebook en proposant aux publicitaires d’aller analyser le contenu même des pages perso pour, je vous le donne en mille, cibler au mieux les internautes, et surtout leurs besoins. Un modèle qui est devenu central aujourd’hui et qui a mené à une espèce de surenchère, regrette encore le développeur.

Pour prouver en effet "que vous allez faire mieux que Facebook", écrit-il, il faut aujourd’hui aller toujours plus loin dans le ciblage, le profilage et donc… la surveillance généralisée.

Une surveillance qui, malgré les révélations de Snowden, malgré les scandales prouvant que Facebook ou Meetic nous manipulent avec nos propres données, nous en touche une sans faire bouger l’autre, comme dirait un sage français.

Ce qui fait carrément dire à Zuckerman que la pub est "le péché originel du web". Auquel il a, au moins indirectement, contribué. Ce qu’il regrette donc aujourd'hui amèrement.

Andréa Fradin

 


 

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