Le couvre-feu, grande tendance de l'été

le Reportage de la Rédaction Mercredi 06 août 2014

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Le couvre-feu, grande tendance de l'été
Passé 23 heures, les jeunes de moins de 13 ans doivent être à la maison. C'est ce qu'imposent cet été une demi-douzaine de villes en France. À Cézac, Béziers ou Asnières-sur-Seine, les maires ont décidé d'interdire aux mineurs de circuler la nuit, pour éviter les ennuis et protéger les plus jeunes. Mais la mesure ne plaît pas à tout le monde.

Au pied des larges barres d'immeubles de l'Oly, l'une des cités de la ville, ils jouent depuis des heures sur le béton, à deux pas du parking.

Il y a Mandi, 13 ans et demi, dix centimètres de plus que ses camarades, qui est sortie prendre l'air, "parce que faire le ménage et regarder des vidéos sur l'ordi, ça va bien deux minutes." Elle a retrouvé sur les marches de la résidence les copains du quartier. Mario, Sidiki, Hazar... ensemble ils tuent le temps des vacances:

 

Sauf que cet été, les soirées sont plus courtes que l'année dernière. À Montgeron, ville de 23.000 habitants dans l'Essonne, le maire a décidé que les jeunes devaient être chez eux à partir de 23h. Et non plus en bas des HLM, à faire des tours de roue dans la douceur du soir.

Le guidon dans les mains, Hazar et Sidiki protestent. "C'est les vacances, c'est l'été. On devrait pouvoir en profiter! Déjà que quand il y a école, on doit toujours rentrer à 20h..." Eux aimeraient traîner là, sur leur terrain de jeu improvisé, au moins jusqu'à minuit.

Building | cc. Flickr Ramuntxo32 

Le couvre-feu passe mal chez les moins de 13 ans, gourmands de liberté. Il fait un bien meilleur effet à cette voisine sexagénaire qui s'énerve, à deux pas de là. "Ces mômes, ils traînent ici toute la soirée, jusqu'à je-ne-sais quelle heure." Elle pointe du doigt les parents, "irresponsables". Et les grands frères, qui font "un boucan terrible, avec leurs quads et leurs motos." Elle n'aurait pas détesté qu'eux aussi soient concernés par le couvre-feu.

Si François Durovray, le maire de Montgeron, a pris cet arrêté estival, c'est pour "protéger les plus jeunes". Leur éviter de mauvaises fréquentations une fois la nuit tombée. Certes, la ville est petite. 23.000 habitants, c'est peu.

 

Mais l'élu l'assure qu'ici le taux de délinquance est 50% plus élevé que dans les communes voisines. Alors depuis le printemps, date de son arrivée à la mairie, il a renforcé la sécurité. Vidéosurveillance, redéploiement de la police municipale, "rappels à l'ordre républicain". Et un couvre-feu estival.

 

"C'est ridicule et inutile, comme mesure". Rachid a 40 ans, deux enfants, et pense que le maire devrait avoir d'autres priorités pour sa ville. Comme développer des activités éducatives, des structures de loisir et de sport, et offrir de nouveaux commerces aux cités de l'Oly et de la Forêt, complètement dépourvues de bars et de lieux conviviaux.

 

À Montgeron, comme à Asnières (Hauts-de-Seine), Cézac (Gironde) ou Béziers (Hérault), les élus veulent redonner aux parents de "l'autorité". "C'est aux familles de s'occuper de leurs enfants, dit François Durovray. La société n'a pas vocation à le faire 24h sur 24. Il faut responsabiliser les parents."

Graffiti | cc. Flickr Claytron 

Un argument que n'entend pas Eric Bocciarelli. Pour le secrétaire général du Syndicat de la Magistrature et juge des enfants, le couvre-feu imposé dans ces villes est une mesure démagogique et stigmatisante. En plus de priver les mineurs de liberté, "elle ne protège pas réellement ces jeunes".

 

À Asnières, où le couvre-feu cloître chez eux les moins de 16 ans, entre 23h et 6h du matin, le maire Manuel Aeschlimann assure que les policiers ne sont pas des "cow-boys", et qu'ils appliquent la consigne avec discernement.

 

"Si des jeunes rentrent d'une soirée entre amis, d'un match de foot ou du cinéma, la police ne va pas les attraper par les cheveux et les plaquer au sol." Il s'agit simplement de les raccompagner à la maison. S'ils font de la résistance, il peut alors y avoir une amende, voire une interpellation.

Mais dans les faits, le couvre-feu n'est pas appliqué. La police n'intervient quasiment pas, passé 23h, en tout cas pas pour renvoyer chez eux les mineurs. Cela agace pas mal certains riverains, qui auraient aimé une plus grande fermeté. Et cela fait aussi dire à Eric Bocciarelli que la mesure est inutile.

Chambre avec vue | cc. Flickr Ktoine 

Inutile ou pas, le couvre-feu convient bien à Sébastien, 14 ans et souvent les frousses de rentrer seul chez lui après son entraînement de basket. "Les rues d'Asnières sont désertes à cette heure-là, je marche vite parce que ça fait flipper." Sur le quai de la gare où il attend le train pour Paris, avec Elika, Fanny et Chloé, réflexions sur la possibilité d'être dehors si tard.

 

"Moi je sors peu le soir à Asnières. Je regarde plutôt la télé. Sauf le soir de la fête de la musique", raconte Chloé. Conclusion de la bande de jeunes : ce n'est pas au maire d'imposer un horaire. Leur couvre-feu à eux, ce sont les parents qui l'imposent. Avec une certaine flexibilité.

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Reportage d'Agathe Mahuet.

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