Le "baptême" : bizutage made in Belgique

Pendant ce temps, à Vera Cruz (old) Mercredi 05 novembre 2014

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Le "baptême" : bizutage made in Belgique
Les étudiants belges aussi ont leur cérémonie initiatique, leur rite de passage à base d'épreuves ridicules et de houblon. On appelle cela "le baptême". Un baptême qui n'a rien à envier à notre bizutage. Reportage à Bruxelles.

Attention, jargon étudiant belge inside.

Le baptême est une cérémonie initiatique secrète qui permet à un "bleu", nom donné à un nouvel étudiant, d’intégrer son "Cercle", le collectif d’étudiants de son université ou de son école. Certains bleus préfèrent faire leur baptême dans leur "Régionale", c'est-à-dire l’association étudiante provenant de leur région d’origine. Une fois baptisé, le bleu devient un "comitard".

Voilà pour la définition. Dans les faits, le baptême se résume à plusieurs semaines d'épreuves vaguement embarrassantes et d'intenses beuveries.

 

Comme le bizutage français, le baptême belge alimente les critiques, considéré comme dégradant et humiliant à l'égard des bleus. Il peut durer plus d'un mois, les bleus étant régulièrement sollicités par les comitards. Les nouveaux doivent ainsi apprendre à boire beaucoup de bières sur une durée limitée. Il doit aussi retenir les chants de "guindailles", les soirées étudiantes.

Contrairement au bizutage français, le bleu est libre de participer ou non à sa bleusaille."Ce qu’on prône aussi durant le baptême, c’est l’auto-dérision, le rire de soi", explique Alexis, un président de baptême bruxellois :

Etudiants de l'Université de Liège Bruxelles en partance pour une guindaille / CC Flickr saigneurdeguerre


En Belgique, les guindailles ont lieu en moyenne deux fois par semaine, souvent dans les parkings de l’université. Tout est permis : boire, chanter, uriner, faire l’amour en public. Quasiment aucune limite pour ces étudiants biberonnés à la bière.

Si le baptême permet aux bleus de rencontrer les étudiants de leurs régions d'origine et d'appréhender le très riche folklore estudiantin, certaines épreuves comme "la nuit" qui clôture le baptême sont bien plus hardcore. Nus (pour les hommes) ou en maillot de bain, les nouveaux doivent parfois prendre un bain de sang, au sens littéral, plongés dans une baignoire remplie de sang et de viscères d'animaux.

Pendant la durée des bleusailles, le nouveau doit porter de vieux habits et son "carnet de bleu", où sont évaluées chacune des missions exécutées. Pas toujours une partie de plaisir, mais "on sait qu'au final on en gardera un bon souvenir", raconte Lucas, fraîchement baptisé :

Rencontre entre bleus / CC Flickr saigneurdeguerre


Selon les Cercles et les Régionales, les pratiques sont plus ou moins trash. Les activités baptismales sont parfois entachées par des dérives. A Liège l’an dernier, une jeune Française est tombée dans le coma après avoir absorbé plusieurs litres d’eau (SIC) en peu de temps. Certaines universités ont imposé une charte de bonne conduite aux baptiseurs. 

Loÿsa en "tablar", son tablier de "guindailles"
 

 

Ce qui explique aussi que beaucoup d’étudiants belges ne soient pas baptisés. Certains bleus réalisent quelques « bleusailles », mais lâchent les activités après quelques semaines, car ils craquent psychologiquement.

Pour les plus résistants, le baptême est perçu comme une victoire personnelle et collective. Rien d'obligatoire, mais la pression sociale est bien là. 

En guindailles, les nouveaux baptisés sont reconnaissables grâce à leur "calotte" ou "penne", un couvre-chef aux couleurs de leur ville, et de leur faculté ou de leur régionale.

 

 

 

 

 

Mais pas question de narrer ses exploits, car "le baptême ne se raconte pas", selon le président Alexis:


Reportage, photo d'illustration : François Nemeth / Edition : Sébastien Sabiron.

 


 

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