La Turquie gazouille en douce

Pendant ce temps, à Vera Cruz (old) Mardi 25 mars 2014

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La Turquie gazouille en douce
Quelques jours après le blocage de Twitter en Turquie, la décision archaïque du premier ministre Recep Tayyip Erdogan cristallise la colère de la rue. Et suscite les critiques de la communauté internationale.

C'est ce que l'on appelle "l'effet Streisand" : tentez étouffer une affaire ou de camoufler une information, vous obtiendrez l'effet inverse. Un phénomène médiatique que le premier ministre turc Erdogan expérimente à ses dépens : son peuple n'a jamais autant tweeté que depuis sa décision jeudi dernier d'interdire l'accès au réseau de microblogging.

Une décision "pour raisons de sécurité", motivée par la publication de tweets accusant Erdogan de corruption. Ces enregistrements sonores compromettants accusent notamment la compagnie aérienne nationale de transporter des armes vers le Nigéria. Et ça, Erdogan n'apprécie pas. Il l'a dit lors d'un meeting électoral le 20 mars dernier :

Tous les Twitter et autres choses du même genre, on va les éradiquer. Tous, jusqu'au dernier. La communauté internationale pourra dire ce qu'elle veut. Ils vont comprendre la force de la République de Turquie. Tout cela n'a rien à voir avec les libertés individuelles. La liberté, ce n'est pas de venir fouiller dans les affaires personnelles des autres.


Recep Tayyip Erdogan / CC Flickr par World Economic Forum


Mobilisés depuis février pour défendre leur liberté de communiquer, les turcs ont rapidement adopté des astuces pour contourner le blocage de Twitter. Une sociologue croisée dans une manif à Istanbul s'est rabattue sur Facebook. Elle estime ce blocage totalement contre-productif pour le gouvernement Erdogan.

Erdogan veut faire taire les soupçons de corruption car il a peur de perdre les élections. C'est tellement évident que la décision de bloquer Twitter à une semaine du scrutin est à mon sens irraisonnable.


Istanbul / CC Flickr par Moyan_Brenn 


Entre 2008 et 2010, Youtube avait connu le même type de censure en Turquie. Dans ce pays qui cherche à s'ouvrir sur l'Europe, le blocage de Twitter apparaît aujourd'hui totalement anachronique. En début de semaine, le président turc lui même a ajouté sa voix au concert de critiques :

Il n'est pas légalement possible de fermer Internet et de tels sites [...] C'est évidemment une situation déplaisante pour un pays développé comme la Turquie qui est un acteur régional de poids, et en négociations avec l'Union européenne.



Et Abdullah Gül d'ajouter que pour cette raison, "le problème sera surmonté rapidement".

Reportage signé Jérôme Bastion, correspondant du Mouv' à Istanbul. Texte, mise en page : Sébastien Sabiron.

Image de couverture : Ebert, via @klustout

 


 

Retrouvez ici notre dossier consacré à la mobilisation de la place Taksim en juillet dernier.

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