La Révolte des Cafards

Les lectures Mardi 27 mai 2014

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La Révolte des Cafards
On est toujours content d’accueillir dans sa bibliothèque un nouveau tonton destroy, un beatnik lettré ou n’importe quelle grande gueule avec un cerveau bien fait. Oscar Zeta Acosta, désinvolte et flamboyant, était les trois à la fois.

Certains l’avaient découvert en 2013 avec les Mémoires d’un bison (Ed. Tusitala), son premier livre traduit en français 40 ans après sa parution aux Etats-Unis.
D’autres profiteront de La Révolte des cafards, suite et fin de son œuvre littéraire, pour se rattraper.

Mais la plupart d’entre nous le connaissaient déjà sous les traits du Maître Gonzo, le complice halluciné de Raoul Duke, a.k.a. Hunter S. Thompson dans Las Vegas Parano.

Oscar Zeta Acosta et Hunter S. Thompson


Mais le manifeste gonzo ne brosse qu’un portrait partiel et réducteur de ce « boulet de canon à la peau brune », que dépeint Hunter S. Thompson. Il en a fournit les preuves lui-même dans le premier de ses deux livres, les Mémoires d'un bison.

 

De Las Vegas à East L.A.


Oscar Zeta Acosta était bien plus qu’un « toxico, un fainéant bourré de vices qui aime le rock et les femmes déchaînées ».

C’était un personnage truculent et un écrivain sensible, qui commença par croquer avec humour, dans les Mémoires d’un bison, ses propres grandeurs et misères. L’introspection bouclée – à grand renfort d’asphalte et de drogues, c’est vrai – c’est un homme déterminé qu’on retrouve dans les premières pages de la Révolte des cafards. Adieu la bringue, adieu la graisse : « ça faisait des mois que j’avais arrêté la picole et les drogues. Pas de whisky, pas de vin, pas de bière. Plus d’acide, d’herbe ni de hasch. »
Cette discipline spartiate a ses raisons : « j’allais trouver mon histoire, puis j’allais pouvoir reprendre du poids et vivre comme un roi. »

Mais la vie déborde parfois sur la littérature, et Oscar Acosta n’était pas le plus exemplaire des ascètes. En lieu et place de retraite littéraire, « Buffalo Zeta Brown », le "Bison Brun", va se retrouver au cœur et à la tête du « Chicano Movement ».


Dans le sud des Etats-Unis de la fin des années 60’, ces cousins discrets du Black Power vont mener leurs propres combats pour les droits civils. Pour ces Indiens de l’Aztlan, privés de leurs terres par la colonisation américaine, les revendications relèvent des domaines de l’éducation et des droits des travailleurs agricoles. Leurs leaders s’appellent Corky Gonzalès ou Cesar Chavez, mais entre eux, c’est plutôt les « cafards » et les « bouffeurs de guacamole ».  

Séduit par la détermination des vatos locos, ces kamikazes de la lutte, Buffalo Z. Brown, l’avocat commis d’office aux divorces et aux violences conjuguales, va s’engager pour la cause des « cafards ».
La scène d'ouverture de La Révolte... , où trois cents indigents non-violents tiennent le siège de l'église catholique romaine (et bourgeoise) de Saint-Basile, ouvre en fanfare muette le bal des insurrections.



Le premier "avocat chicano"

D’abord mis au ban pour ses manières brutales, ce boulet de canon ambulant finit par s’imposer et changer le cours de procès historiques. Son truc, c’est la faille systémique. Avec le culot des desesperados, il met plusieurs procédures anticonstitutionnelles en échec. Il pousse l’audace jusqu’à se présenter aux élections du shérif de Los Angeles…
A l’occasion, il décroche aussi quelques chiquenaudes et pose des bombes artisanales. A force de courage et d’action, il finira par enterrer ses doutes existentiels, ses angoisses physiques et le sentiment d’usurpation sous les drapés caressants de la gloire

En prenant de l’ampleur, La Révolte des cafards charpente aussi son narrateur. Du dillettante des débuts, celui qui se fait prier pour plaider, il deviendra le porte-parole d’un mouvement où les vies se jouent. Il passera par la case prison.

Il s’accordera bien quelques vieux plaisirs : des adolescentes aux seins fermes, un acide en plein désert ou un trip sous Quaalude à Acapulco. Mais il ne négligera jamais son combat. Le cœur toujours au bord des larmes, la sensibilité étouffée sous les jurons et harangues, l’ancien beatnik s’est offert, avant sa mystérieuse disparition en 1974, un petit bout d’Histoire. Méconnue, mais légendaire.

 

 


 

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