La mémoire collective malmenée en Egypte

Pendant ce temps, à Vera Cruz (old) Mardi 03 décembre 2013

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La mémoire collective malmenée en Egypte
Trois ans après la révolution égyptienne, ses acteurs accusent le nouveau pouvoir de vouloir réécrire l'histoire. Un collectif tente de rétablir sa vérité dans une véritable guerre de narration avec les autorités égyptiennes.


Vanessa Descouraux a rencontré ceux qui tentent de sauvegarder l'héritage de la révolution égyptienne. Reportage en cliquant ci-dessus.

C'est un monument inauguré en grande pompe par le régime de transition, après la destitution du président Morsi en juillet dernier. Sur la place Tharir, ce "mémorial des martyrs" honore la mémoire des 40 manifestants tués lors de violents affrontements en novembre 2011.

Le mémorial dégradé lors de manifestations place Tharir

Mais pour ceux qui ont vécu la révolution de l'intérieur, ce monument est une "insulte" à la mémoire des martyrs :

Ils n'ont pas le droit de réécrire l'histoire de la révolution. L'armée a toujours été contre notre révolte. Dès la bataille des chameaux pendant le soulèvement contre Moubarak, ils ont laissé des bandits attaquer les manifestants. L'armée n'a pas le droit de s'approprier notre combat.


 

Mais cette voix est aujourd'hui quasiment inaudible dans la vague nationaliste qui emporte à peu près tout en Égypte. A la télévision officielle, la police scientifique explique par exemple que les douilles retrouvées après un sit-in islamiste évacué dans le sang n'appartiennent pas à la police.

Un collectif pour sauvegarder la mémoire

Dans un appartement du centre du Caire, une dizaine de jeunes s'organisent pour contrer la désinformation et sauvegarder la mémoire de la révolution. Le collectif Mosireen ("Déterminé") rassemble et archive méticuleusement les vidéos tournées pendant les événements. Un travail de mémoire nécessaire et urgent selon Dania Nadar, membre du collectif :

Il est toujours important de regarder en arrière, d'autant plus avec ce qui se passe aujourd'hui. Qui prendra la main sur le discours dominant ? Nous, qui étions vraiment dans la rue, ou le régime, qui tente de réécrire l'histoire ? Il s'agit aujourd'hui de se projeter, pour imaginer comment cette période sera raconté dans le futur.


                                                        Logo du collectif / Capture d'écran
 

Le collectif donne pour exemple la vidéo d'un discours du ministre de l'intérieur, nommé sous les Frères Musulmans et toujours en poste aujourd'hui. Preuve selon Dania Nadar que rien n'a changé, sauf une chose : "aujourd'hui les gens ont peu et ils veulent croire tout ce qu'on leur raconte."

Reportage signé Vanessa Descouraux, envoyée spéciale du Mouv' au Caire.

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