La Maison de terre

Les lectures Lundi 17 mars 2014

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La maison de terre
Le roman du parrain de la folk américaine ressemble à ses chansons : réaliste et fringant.

Woody Guthrie pourrait être l’un des personnages des Raisins de la colère. D’ailleurs on l’a souvent comparé à Steinbeck, en omettant un détail crucial : Woody Guthrie ne s’est pas contenté de commenter les injustices sociales de la Grande Dépression. Il les a d’abord subies. Il les a ensuite combattues, encourageant à sa manière – la musique -  les travailleurs défavorisés.

Fervent défenseur de la cause des plus démunis, syndicaliste convaincu, monstre sacré de la musique américaine, hobo-coco des premières heures, Woody Guthrie parlait de ce qu’il connaissait : l’Amérique d’en bas.

 

Reconnaissable à sa guitare estampillée « This machine kills fascists », proche des Wobblies, Woody Guthrie a longtemps été blacklisté pour ses opinions gauchistes. Pourtant, lui aussi se réclamait du rêve américain. Sauf qu’il s’en faisait une idée plus égalitaire, et accessible à tous. Ses penchants humanistes lui ont depuis été pardonnés, puisqu’il fait aujourd’hui partie du patrimoine musical américain. Les enfants apprennent ses chansons à l’école. Les folkeux, et Bob Dylan le premier, lui vouent un culte absolu. Les historiens puisent dans ses textes pour documenter l’Amérique rurale des années 30’.

En route pour la gloire, son autobiographie, est souvent moins connue que l’adaptation cinématographique qu’en a faite Hal Ashby en 1976. La Maison de terre est encore inconnu, et c’est normal : ce roman inédit a été publié pour la première fois en 2013. Il a pourtant été écrit dans les années 40, avant d’être  plus ou moins oublié dans les archives d’un producteur hollywoodien. De toute façon, à l’époque, La Maison de terre n’aurait jamais franchi le seuil des librairies : on s’y aime comme on y peste -  brutalement.  

 

Tike et Ella May Hamlin sont un couple de jeunes fermiers. Acculés par la misère, ils assistent, impuissants, à la détérioration de leur maison. Le bois s’érode, gondole, pourrit. Régulièrement, des tempêtes de poussière balaient leurs semences. Ensemble, ils font le rêve d’une maison de terre, la seule qui puisse leur assurer un avenir capable de résister aux ravages du climat.  

Derrière le portrait réaliste de la misère agricole et prolétaire, La Maison de terre est un livre organique et charnel. Les hommes n’ont pas d’autre choix que de se fondre dans la nature : " une douleur intense explosa sur son visage qui se crispa, et les veines de son cou et de ses bras surgirent comme des racines ». A Caprock, les larmes sont boueuses et les rires sont solaires. La pauvreté ne prive pas d’érotisme, et La Maison de terre déborde de corps en sueurs, de caresses calleuses, de corps abîmés mais sanguins. On s’y aime sauvagement sur la paille d’une grange. On s’y chamaille facilement, dans le dialecte savoureux de la gouaille paysanne.

 

Woody Guthrie a connu les dust bowl, l’exploitation, la colère et la faim : il aurait pu écrire un roman pleurnichard. « Mais l’infatigable Guthrie, chroniqueur dans l’âme, décida qu’écrire des chansons populaires serait une manière héroïque de remonter le moral en berne du peuple, » écrivent ses éditeurs, Douglas Brinkley et Johnny Depp (si si). Campé sur un style vigoureux, écrit dans un dialecte fringant, La Maison de terre est un roman pour la dignité des plus faibles.

 

 


 

Photo : Salomé Kiner

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