La Goal-Line Technology n'est pas de l'arbitrage vidéo

L'actualité numérique Vendredi 20 juin 2014

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La Goal-Line Technology n'est pas de l'arbitrage vidéo
C'est de l'arbitrage algorithmique, avec un ordinateur qui décide de manière souveraine s'il y a but ou non.

La France est entrée dans l’histoire du football dimanche 15 juin, en devenant la première nation à avoir un but validé par la désormais fameuse Goal-Line Technology, au terme d’un moment de confusion télévisuelle qui restera lui aussi dans les annales (à partir de 3'50).

Y a pas but ! Y a but ! Pour sa première utilisation décisive, la Goal-Line Technology a donné l’impression d’embrouiller davantage la décision qu’elle ne la simplifie.

La confusion vient du fait que la technologie a jugé deux positions successives de la balle : une première sur le poteau (verdict évident : NO GOAL) et une deuxième au moment où le gardien essaye de sortir la balle de son but (verdict : GOAL).

Au-delà de ce cafouillage, tout le monde semble se réjouir de l’arrivée - ENFIN - de la vidéo dans le football, milieu traditionnellement très réticent à l’utilisation de la vidéo, au contraire du rugby où cela fait une quinzaine d’années que le réalisateur télé fait quasiment office de second arbitre.

Mais on a tort : ce n’est pas de l’arbitrage vidéo.

C’est plutôt ce qu’on pourrait appeler de l'arbitrage algorithmique.

L'arbitrage vidéo, c'est l'arbitre qui a accès aux images de la télé, comme le téléspectateur, et ça reste un jugement humain, soumis à critique et à interprétations diverses. Le vrai arbitrage vidéo serait, par exemple, pour savoir s’il y a pénalty ou non suite à une action litigieuse dans la surface.

L'arbitre ne peut pas se risquer à contester

Avec la Goal-Line Technology, l'arbitrage algorithmique, c'est un ordinateur qui décide, de manière souveraine, sans contestation possible, s'il y a but ou pas.

Le dispositif fonctionne avec 14 caméras placées dans le stade qui filment le ballon quand il s’approche du but. Les images sont envoyées à un ordinateur qui modélise la position de la balle et décide si elle a passé ou non la ligne.

 

L’arbitre ne rentre pas en compte dans la décision, il reçoit juste sur sa montre connectée un message “GOAL” ou “NO GOAL” (ce qui d’ailleurs ouvre la voie à du hacking d’arbitrage...). Sa seule marge de manoeuvre est de suivre l’ordinateur, ou de ne pas le suivre.

Imaginons qu’un arbitre se soulève contre la machine et refuse un but jugé “GOAL” par la Goal-Line Technology. Il serait forcément en tort face à l’opinion publique : le monde entier verrait en direct à la télé une vidéo en 3D expliquant qu’il y a but. L’algorithme a de fait le pouvoir, l’arbitre ne peut rien faire face à cette machine qui émet un jugement et produit elle-même les preuves (qui peuvent être fausses, mais ça on n’en sait rien).

Pourquoi pas sur le hors-jeu ?

On peut imaginer que la FIFA a accepté cette technologie, justement parce que c'est un algorithme et parce que ce n’est pas de la vidéo. L’arbitrage vidéo oblige un humain à revisionner l’action et à émettre un jugement qui reste contestable car humain. L'arbitrage algorithmique a aussi l'avantage d'être très rapide, et de ne pas obliger à effectuer un arrêt de jeu comme l'arbitrage vidéo dans le rugby.

L’étape suivante serait d’appliquer ce genre de technologie au hors-jeu, où ne rentre en compte qu’un critère répondant aux lois de la physique: un joueur est-il placé devant un autre ? (même si la position des différentes parties du corps serait matière à d'infinis débats, tandis que les Cahiers du Foot rentreraient en résistance)

Cet arbitrage algorithmique paraît beaucoup plus compliqué pour le type d’action le plus contesté, les pénaltys, où le jugé humain reste pour l’instant le seul capable de dire s’il y a bien faute, et s’il y a ou non simulation.

Vincent Glad.

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