La fibre optique de Google en France ?

L'actualité numérique Lundi 07 octobre 2013

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La fibre optique de Google en France?
Le débarquement de l'ogre américain sur les terres des fournisseurs d'accès à Internet français est une "possibilité" à en croire une source gouvernementale. Une info qui ne devrait pas manquer d'éveiller la curiosité (et les peurs) d'un secteur des télécoms déjà à cran.

 

L'information découle d'une petite phrase globalement passée inaperçue. Entendue il y a quelques jours à l'Assemblée nationale au sujet du déploiement en France du très haut débit, la ministre de l'économie numérique Fleur Pellerin a glissé, au détour d'une intervention :

J'ai vu il n'y a pas très longtemps une grosse entreprise américaine, qui fait un moteur de recherche, et qui m'a dit: "Nous on fait du très haut débit et de la fibre au Kansas et on est en train de se demander si on ne va pas proposer ce service dans tous les pays du monde".

 

Google bientôt opérateur en France ?

Or des entreprises de ce genre, il n'y en a pas 36. Tout pointe en effet vers le colosse Google, qui s'est lancé il y a près de trois ans dans l'aventure de la fibre optique, avec son projet Google Fiber. Si l'initiative reste encore au stade de l'expérimentation, seules trois villes américaines servant aujourd'hui de cobayes à Google, elle n'en est pas moins scrutée attentivement par le landernau du numérique et des télécvommunications : le géant du Net, qui innondait jusque là le monde de ses services (pub, mails, cartes, vidéos et j'en passe) va-t-il se lancer dans une activité de fourniture d'accès à Internet à grande échelle ? Et devenir ainsi un opérateur, à l'instar d'Orange, de Free, de SFR et de Bouygues Telecom (pour ne citer qu'eux) ?

Google promet un "Internet d'un nouveau genre". Carrément.

C'est peu dire donc que l'éventuelle expansion internationale de Google Fiber est suivie de très, très près, sans compter que des milliers de municipalités ont d'ores et déjà postulé pour devenir les partenaires privilégiés de la boîte américaine. Et est aussi redoutée par les opérateurs eux-mêmes, qui verraient d'un mauvais oeil l'arrivée d'un tel mastodonte, contre lequel ils s'opposent depuis des années, sur leurs plate-bandes.

Du coup, quand des sources du secteur du numérique et du gouvernement confirment que la venue de la fibre optique made in Google en France est "une possibilité", l'info vaut son pesant de cacahuètes.

Une partie de poker menteur ?

Rien ne dit néanmoins que demain, vous pourrez vous abonner à l'offre de fibre optique de Google. Ceci dit, s'il souhaite se lancer dans l'aventure, rien ne l'en empêche en théorie. Comme me l'a précisé l'Arcep sur Slate, il suffit pour le géant américain de se déclarer opérateur pour commencer à fibrer. Aucune autorisation ne doit lui être délivrée. Et ce même si la ministre Fleur Pellerin ne semble pas particulièrement emballée par l'idée : après avoir confié aux députés français les velléités expansionnistes de Google, la ministre a en effet enchaîné sur sa volonté de voir des opérateurs européens couvrir le territoire de fibre optique. Et si cette position a par la suite été rectifiée par l'Exécutif, qui indique être ouvert aux investissements étrangers, il y a fort à parier en effet que Google ne sera pas accueilli à bras ouvert sur le territoire français.

Depuis des mois en effet, la boîte américaine et le pouvoir français se tirent la bourre sur bien des sujets: financement des infrastructures de réseaux, paiement d'impôts et financement de la presse -sujet qui a tout de même abouti à une sortie de François Hollande himself.

 

Sans compter que le déploiement de la fibre optique nécessite de lourds investissements, et s'est déroulé de façon erratique voire chaotique en France. Google aurait-il intérêt à s'en mêler? Du côté de la boîte, on en dit pas davantage, indiquant que Google Fiber se déroule "étape par étape".

Pour certains observateurs, l'information pourrait donc tenir du bluff. Bluff du gouvernement français, qui agite le chiffon rouge de Google afin d'inciter les opérateurs à se bouger le popotin sur le chantier de la fibre optique. Ou bluff de Google, qui montre ses muscles et fait comprendre à la France que s'il souhaite s'approprier ce marché... il le peut. Sans avoir à demander l'autorisation.

Article à lire aussi chez Slate.fr

SONS :

- Extrait de l'intervention de Fleur Pellerin devant la commission des affaires économiques de l'Assemblée nationale, en date du 1er octobre 2013. Petite phrase à 1h36. 

Andréa Fradin

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