La dépression, première maladie des ados

le Reportage de la Rédaction Jeudi 22 mai 2014

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La dépression, première maladie des ados
Ca ne va pas fort ! La dépression est la principale cause de handicap chez les 10-19 ans. Le suicide, lui, est la troisième cause de mortalité des jeunes dans le monde. C'est l'OMS qui le dit et les gouvernements feraient bien de réagir.

 

On traverse le silencieux hôpital Sainte-Anne, centre psychiatrique de Paris. L'association Bicycle nous ouvre ses portes. Amélie Clermont, la présidente et fondatrice, s'occupe depuis 2010 de venir en aide aux familles d'enfants et d'ados malades. Elle-même a un garçon dépressif de 18 ans, diagnostiqué très jeune : il n'avait que onze ans.

Le trouble se met en place petit à petit, avec des yoyos d'humeurs. Et si on n'intervient pas, les phases dépressives vont prendre de l'importance et ils vont nous parler de suicide. La plus grosse phase dépressive que j'ai eu à affronter, c'était l'an dernier quand il s'est mis à se scarifier.


 

Le fils de Marie est lui aussi malade. Elle ne savait pas quoi faire. Elle est passée par plusieurs phases d'incompréhension, de culpabilité. Le diagnostic, comme souvent, est tombé très tard. "On est dans un trou noir jusqu'à ce qu'on trouve un médecin qui nous explique." La société n'aime pas les dépressifs. Amélie évoque les brimades à l'école, le culte de l'efficacité comme il existe déjà dans le monde de l'entreprise. "Pour aider ces jeunes, la première chose à faire serait d'avoir une société bienveillante."

 

Dans l'enceinte de l'hôpital Sainte-Anne se trouve l'une des antennes de l'asso Bicycle © Augustin Arrivé


C'est aussi l'avis de l'Organisation Mondiale de la Santé, dans son rapport publié la semaine dernière. "Le monde ne consacre pas suffisamment d'attention à la santé des adolescents", déplore Flavia Bustreo, la directrice-générale adjointe pour la santé des femmes et des enfants. D'après cette étude, la dépression est la première cause de handicap et de maladie chez les 10-19 ans dans le monde, elle est aussi la troisième cause de mortalité après les accidents de la route et le SIDA.

Tous les cas n'ont pas la même gravité. Il y a des dépressions ponctuelles (un chagrin d'amour ou un deuil, que l'on réussit à surmonter), mais si le mal s'installe, il peut déclencher des troubles bipolaires, beaucoup plus compliqués à traiter. La première chose à faire, c'est d'être constamment vigilant. Alain Braconnier, psychiatre et auteur du livre Dépression du bébé, dépression de l'adolescent., reconnait que c'est compliqué, d'autant que "l'adolescent a tendance à ne pas montrer qu'il va mal".

 

Manu Larcenet évoque ses troubles bipolaires et la difficulté du diagnostic © France 2, 2014

 

"Il ne faut pas se précipiter vers les symptômes et en faire un inventaire, sinon le malade va se braquer. Il faut d'abord lui parler, tisser un lien avec lui." Ensuite, vient la prise en charge : des médicaments, des thérapies. Marie souligne l'importance de l'hygiène de vie : "c'est fondamental, il faut un certain nombre d'heures de sommeil, tâcher d'être le plus serein possible." Son fils, aujourd'hui, va mieux.

D'après l'OMS, les Français ne sont pas les plus à plaindre. "On peut toujours dire qu'on ne fait pas assez", développe Alain Braconnier : "La France a un système de soin bien meilleur que la plupart de nos voisins, y compris les pays anglosaxons. C'est un système social, accessible à tous." Lui reçoit des patients gratuitement au Centre médico-psychologique Philippe Paumelle, dans le XIIIe arrondissement de Paris.

 

La dépression chez l'enfant et l'adolescent (à 9'05) © Hôpitaux universitaires de Genève, 2010


Le rapport publié la semaine dernière s'inquiète surtout de la situation au Moyen Orient, en Afrique, en Asie. Dans certains pays, les 10-19 ans représentent un tiers de la population. Alors même si l'argent reste souvent le nerf de la guerre, il ne semble donc pas inutile de s'occuper d'eux. Ils sont l'économie de demain.

A Paris, plusieurs rendez-vous de mobilisation sont déjà programmés. Une marche est prévue le 14 juin prochain entre l'hôpital Sainte-Anne et l'Hôtel de ville. La Mad-pride vise à déstigmatiser la maladie mentale. Puis le 6 novembre la Journée Européenne de la Dépression permettra de se familiariser avec ces pathologies, beaucoup plus répandues qu'on pourrait le croire.


 

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Photo de couverture : Cc FlickR Mateus Felipe C

Reportage : Augustin Arrivé

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