La Bolivie fête ses crânes

Pendant ce temps, à Vera Cruz (old) Mercredi 12 novembre 2014

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La Bolivie fête ses crânes
C'est une drôle de coutume, une sorte d'"Halloween andin". Chaque 8 novembre à La Paz, les familles déguisent et exhibent en public les crânes de leurs défunts, vénérés au nom de vieilles croyances pré-coloniales. On appelle ça la fête des "Niatitas", mot espagnol qui signifie "nez aplati".

Imaginez un peu la scène : des milliers de fidèles déambulent dans le cimetière général de La Paz. Dans leurs bras : des caisses en bois ou en carton abritant une Niatita , un crâne humain portant un bonnet, des couronnes de fleurs ou des lunettes de soleil. Pour compléter le tableau, on lui bourre la mâchoire de feuilles de coca, on lui allume une cigarette...

© Reza Nourmamode


Héritée de croyances ancestrales, la fête des Niatitas vise à remercier les reliques pour leurs pouvoirs de protection et d'aide. Les crânes sont d'origine familiale, ou pas. Certains sont "trouvés", d'autres sortis de terre clandestinement. Mais tous ne sont pas forcément bienveillants, explique Milton Eyzaguirre, anthropologue spécialiste des Niatitas :

Quand une personne trouve une Niatita, il la fait examiner par un Arayero, un sorcier de l’obscurité. Lui doit voir si l’esprit, l’âme de cette Niatita est celui de quelqu’un de puissant, si il est bénéfique ou maléfique. Dans certains cas, il est aussi très important de savoir quelle a été la mort de la Niatita. Certains disent qu’il faut que la mort ait été violente. Ce qui lui donne plus de pouvoirs.


© Reza Nourmamode


En dehors de la fête des crânes (une semaine après la Toussaint) les Niatitas sont vénérés à la maison où l'on fait appel à leurs pouvoirs occultes. Et ce culte touche toutes les couches de la société. Oliver est médecin, son crâne à lui s'appelle Carlitos :

Il a sa propre chambre et on s’occupe de lui. Chaque lundi, on lui allume des bougies, on lui fait fumer des cigarettes, on lui donnes ses feuilles de coca, son alcool, ses fleurs. Il n’y a pas très longtemps j’avais des problèmes avec ma profession, et des problèmes économiques. Je lui ai demandé de l’aide. A peine trois mois plus tard, j’ai trouvé du travail, ma vie s’est améliorée, je me suis senti mieux.


© Reza Nourmamode


Cette adoration rituelle n'est pas vraiment du goût de l'Eglise Catholique. Elle voit d'un mauvais œil ces exhumations sauvages, mais n'a pas vraiment d'autre choix que d'accueillir et de bénir les crânes, tant cette tradition est ancrée dans la société bolivienne. Cette ouverture est relativement récente : il y a dix ans à peine, la fête des Niatitas se déroulait de façon collective. Cette année, 5.000 personnes y ont participé.

© Reza Nourmamode

Reportage, photos : Reza Nourmamode / Édition : Sébastien Sabiron

 



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