La Belgique, nouveau hotspot du cinéma d'animation

La Pop au carré Mardi 11 mars 2014

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Marcinelle : le lieu qui devient le hotspot du cinéma d'animation européen
Comment la petite ville belge de Marcinelle a pu devenir un acteur incontournable du cinéma d’animation en Europe ? Sûrement grâce aux Français.

 

Voici l'histoire de deux des plus célèbres héros belges de la bande dessinée... qui arrivent sur nos petits et grands écrans.

 

C'est à Marcinelle que tout commence, en 1898... où un certain Jean Dupuis décide d'ouvrir son imprimerie.

Jean Dupuis

 

Dès 1922, cet imprimeur se lance dans l'édition de journaux illustrés : Le Moustique, spécialiste dans les programmes des radios nationales, et Bonne Soirée, un journal spécialisé dans le roman. Les éditions Dupuis sont alors nées.

 

L'imprimeur-éditeur n'en reste pas là ! En 1938, il crée un journal de BD destiné aux adolescents. En bon catholique, il refuse en effet de diffuser la bande dessinée américaine qu'il juge peu morale, et qui pourtant est déjà très à la mode en France et en Belgique. Du coup, il en crée une sur mesure : Spirou. C'est dans les années 60 que Dupuis se lance dans le défi de l'audiovisuel, en produisant une série "made in Belgium" impressionnante pour l'époque : Les Schtroumpfs.

 

 

Dupuis Audiovisuel fait son chemin tandis que se développent Mickey et Pluto

 

Pour les scénaristes, ce n'est pas seulement adapter une histoire "figée" vers un dessin "animé". Explication de Léon Pérahia, producteur délégué chez Dupuis Audiovisuel :

 

En 1985, la société est vendue à plusieurs groupes d'édition avant qu'en 2004 le groupe Dargaud, un spécialiste franco-belge de l'édition, qui possède une petite dizaine de maisons d'édition, rachète Dupuis.

Entretemps, en 1992, un studio Dupuis Audiovisuel a été construit à Paris. L'implantation parisienne a permius de mondialiser les dessins animés de Spirou. Aujourd'hui, être installé à Paris est devenu essentiel pour entretenir des relations étroites avec de nombreuses chaînes françaises, comme TF1, M6 ou Canal+, coproductrices de nombreux dessins animés. La coproduction est au coeur du métier. Léon Pérahia, producteur délégué chez Dupuis Audiovisuel :

 

Comment Marcinelle est devenu un des spécialistes du dessin animé ?

La société Dupuis de BD est toujours basée à Marcinelle. Elle a développé l'audiovisuel à son siège.

 

C'est en 2007 qu'apparut DreamWall. Un studio d'animation 2D et 3D qui est particulièrement spécialisé dans la conception de décors et de personnages virtuels, que la mythique société Dupuis détient avec la RTBF (Radio-télédiffusion belge francophone). Ensuite, suite à un contact privilégié avec l'ORAD, le leader mondial dans la conception de dessins en 3D, DreamWall peut créer le complexe numérique et virtuel, unique en Wallonie, donc beaucoup de gens rêvent en Belgique francophone. Thibault Baras, directeur de DreamWall, un studio d'animation :

 

Selon les projets, entre 30 et 100 personnes fréquentent le site de Marcinelle

 

Au printemps 2011, toujours à Marcinelle, le studio de KeyWall est inauguré. Il s'agit d'un immense studio qui, grâce à son fond vert, permet l'enregistrement de projets faisant appel aux décors virtuels. Aujourd'hui les décors sont créés par DreamWall et les tournages assurés par KeyWall. Le tout est co-géré par Dupuis et la RTBF.

 

Le studio de 400 m² de KeyWall à Marcinelle est l'un des plus grands d'Europe

 

Cette nouvelle "capitale européenne de l'animation" a pu se développer surtout grâce à un programme belge de relance économique (la Taxshelter), à l'appui financier de Sambrinvest, à un soutien financier aux PME, et à Wallimage, le fonds d'investissement wallon dans l'audiovisuel. Mais la Belgique ne pourra s'en sortir sans la co-production, c'est à dire essentiellement sans la France. Thibault Baras, directeur de DreamWall, un studio d'animation :

 

Les techniques évoluent encore. Le partage des serveurs informatiques, avec les conceptions graphiques, entre les studios a tout changé. Thibault Baras, directeur de DreamWall, un studio d'animation :

 

Que reste-t-il de Jean Dupuis et de son imprimerie ?

 

Son nom, "Dupuis", est donc devenu une maison d'édition connue et reconnue pour la BD et le cinéma d'animation. De plus par ses nombreux dessinateurs, il a créé ce que les spécialistes appellent encore aujourd'hui l'école de Marcinelle.

 

L'école de Marcinelle, un style de BD aux dessins caricaturaux

 

Aujourd'hui, les structures de Marcinelle accueillent régulièrement, par leur proximité géographique, des Français, parfois pendant plusieurs mois. Cependant, la direction de Marcinelle est toujours confiée à des Belges, qui n'ont pas le même rapport à la production (plus modestes).

 

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Reportage : François Nemeth

 

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