L'Inde reconnaît le troisième sexe

Pendant ce temps, à Vera Cruz (old) Jeudi 29 mai 2014

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L'Inde reconnaît le 3 ème sexe
La Cour suprême indienne a exigé la création d'un troisième genre et de programmes de discrimination positive. Une décision historique pour les 3 à 5 millions de personnes transgenres et transsexuelles qui vivent au ban de la société indienne.

On les appelle des "hijras". Une âme de femme dans un corps d'homme, opéré ou non. Très bien intégrées dans la société traditionnelle indienne, elles ont été discriminées sous le protectorat anglais. Aujourd'hui, elles vivent comme des parias, de mendicité ou de prostitution.

Au sud de New Delhi, pour rencontrer les hijras de Kapasera, il faut dépasser une décharge et des toilettes publiques nauséabondes. Elles sont une quarantaine, vivant dans ce bidonville, une allée en terre et des chambres étroites. Comme ses congénères, Alia, 25 ans, née homme, survit en se prostituant le long des routes.

Il est impossible pour nous d'avoir un bon appartement. Je peux payer, mais personne ne va me le louer. Ils vont accepter de coucher avec nous, mais pas de reconnaître ouvertement notre identité. On n'aura donc jamais de bonnes conditions de vie.


 

Hijras de Balngalore / CC Flickr Oatsandsugar

Une discrimination à laquelle s'ajoute le harcèlement quotidien des policiers. Les hijras sont également rejetées des hôpitaux qui ne savent pas dans quelle catégorie les inscrire, alors que beaucoup d'entre elles sont séropositives. Avec la reconnaissance officielle du 3 ème genre par la Cour Suprême, Moni, 42 ans, espère voir ses conditions de vie s'améliorer.

Aujourd'hui il est très difficile pour nous d'avoir des papiers d'identité, ce qui nous rend vulnérables. il nous est aussi impossible d'obtenir des cartes d'aide alimentaire, car elles sont réservées aux familles. Or nous n'aurons jamais de famille. Grâce à cette décision nous devrions sûrement recevoir tout cela.



Moni a travaillé comme ouvrière jusqu'à l'âge de 15 ans, régulièrement agressée par ses collègues pour son allure féminine. Aujourd'hui, quand elle retourne dans sa famille, elle est forcée de s'habiller en homme. Désormais, les transgenres seront également inclus parmi les classes défavorisées, et pourront bénéficier des programmes de discrimination positive. Pour entrer plus facilement à l'université ou dans l'administration.

Hijras à New Dehli / CC Flickr rahuldlucca
  

Mais il faudra sans doute du temps pour que les choses évoluent. Firoz Khan, conseiller juridique pour l'ONG CLAR :

Il est difficile de changer la mentalité des gens, et il y a tellement de personnes, même dans l'administration, qui vont empêcher que les transgenres obtiennent ces droits. Cela est déjà arrivé pour les programmes en faveur des intouchables. Il faut donc des règles anti-discriminations assorties de punitions pénales pour garantir leur application


 

Reportage signé Sébastien Farcis. Mise en page : Sébastien Sabiron.

Image d'illustration : CC Flickr Daniel Lofredo Rota

 


 

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