L'homophobie se répand en un an

le Reportage de la Rédaction Vendredi 16 mai 2014

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L'homophobie attisée par le débat sur le mariage gay en 2013
Les actes homophobes ont augmenté de 80% en 2013 selon SOS Homophobie qui fait directement le lien avec le débat houleux sur le mariage gay et les propos de la Manif pour tous.

 

Le 17 mai 2013, pour être précis, le Conseil constitutionnel français validait la loi sur le mariage pour tous, et dans la foulée François Hollande la promulguait. Ca fait un an ce samedi. Hasard de calendrier ou pas, ce même jour, c'est aussi la journée internationale de lutte contre l'homophobie. Voilà pour le symbole.

Pour les partisans du mariage gay c'est une victoire, mais une victoire qui laisse un goût amer. En 2013, l'homophobie a explosé en France. Les actes homophobes ont augmenté de 80%. C'est ce que constate SOS Homophobie dans son rapport annuel. L'association a recueilli, l'an dernier, 3.517 témoignages contre 1.977 en 2012.

Le débat sur le mariage pour tous a exacerbé l'homophobie

Et pour SOS Homophobie, pas de doute, le débat houleux sur la loi Taubira, et les réactions des opposants de la Manif pour tous ne sont pas étrangers à ces chiffres records. Et pour preuve, les témoignages se concentrent principalement sur le premier semestre 2013. Et en particulier sur les trois mois marqués par les grosses manifs du 13 janvier, du 24 mars et du 26 mai.

L'association fait deux lectures de l'augmentation des appels : la libération de la parole homophobe mais aussi la libération de la parole des victimes.

 

Cortège de la Manif pour tous, le 13 janvier 2013 / Cc Flickr frederick 2 baro

Internet : premier terrain de la parole homophobe

Les signalements de dérapages homophobes sur la Toile ont triplé. Et quand on parle du net, il s'agit en premier des réseaux sociaux et principalement de Twitter. On se souvient du hashtag tristement célèbre #SiMonFilsEstGay ou bien encore du mot clé #UnbonGay.

Sur la deuxième marche du podium de l'homophobie, on trouve les lieux publics. Et malheureusement ça ne s'arrête pas toujours aux insultes. SOS Homophobie a recensé 200 victimes d'agressions physiques en 2013. Soit plus d’une agression tous les deux jours. Les hommes représentent les trois quarts des victimes comme nous l'explique le géographe Yves Raybaud, co-auteur d'une Géographie des Homophobies :

 

SOS Homophobie a classé les départements où avait été signalé le plus de cas d'homophobie (plus de 50 témoignages). Les voici dans l'ordre : Paris, les Bouches-du-Rhône, le Nord, le Rhône, les Hauts-de-Seine, l'Hérault, le Val de Marne, la Charente-Maritime, l'Isère et la Seine-et-Marne. Des départements qui concentrent de fortes agglomérations.

Il y a une version courante qui consistait à dire que la ville était le lieu de sortie du placard, et donc qu'il y avait une plus grande proportion de gays et lesbiennes qui s'affichaient dans la ville et donc plus d'agressions homophobes.


 

La politique sur la troisième marche du podium de l'homophobie

Et pour compléter le podium de l'homophobie, ça ne vous étonnera pas, on retrouve la politique. La palme revient sans conteste à Christine Boutin, qui récemment encore qualifiait l'homosexualité "d'abomination" et s'attirait ainsi 3.700 plaintes pour homophobie. Quoique le député-maire d'Orange Jacques Bompard ait lui aussi fait fort pendant les débats à l'Assemblée. Il avait déposé plusieurs amendements au projet de loi demandant la légalisation de la polygamie et de l'inceste.

 

 

L'homophobie dans le cercle familial

Enfin, en 2013, l'homophobie a plus que jamais touché le cadre familial. C'est devenu le credo de l'association Le Refuge qui accueille les jeunes de 18 à 25 ans. En 2013 son centre d'appel à lui aussi chauffé. 1.159 jeunes ont contacté l'asso contre 920 en 2012. Les coming out contrarient les parents.


Depuis 2003-2004, l'homophobie est devenue, au même titre que le racisme et l'antisémitisme, une circonstance aggravante de certains délits et crimes. Ca, c'est pour la France. Ailleurs, malheureusement c'est l'inverse. Dans 78 autres pays c'est encore l'homosexualité et non pas l'homophobie qui est pénalisée. De quoi donner à réfléchir pour cette journée internationale de lutte contre l'homophobie.

 

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Photo de couverture : Cc Flickr Krytofr

Reportage : Marion Dubreuil

 

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