L'ex-URSS pense-t-elle encore à Moscou ?

le Reportage de la Rédaction Vendredi 07 novembre 2014

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L'ex-URSS pense-t-elle encore à Moscou ?
Dimanche 9 novembre, l'Europe célébrera le quart de siècle de la chute du Mur de Berlin. Des commémorations à la saveur particulière en Lituanie, la première des anciennes républiques soviétiques à avoir proclamé son indépendance.

 

En avance sur la France, c'est une femme qui préside la Lituanie depuis 2009. Dalia Grybauskaité sera ce week-end à Berlin pour commémorer la chute du Mur, il y a pile 25 ans. Pour les Lituaniens, l'événement a représenté un détonateur considérable. Cinq mois plus tard, la petite république soviétique proclamait unilatéralement son indépendance. Elle était la première à le faire. L'URSS allait s'effondrer.

"Mon grand-père était prisonnier politique", raconte Molda, guide au musée du KGB de Vilnius, les anciens locaux de la police politique. "Il a passé vingt ans dans un goulag." Elle ne s'en remet pas.

Quand j'ai commencé à bosser ici, les premières fois où je suis descendue au sous-sol, dans la salle où on exécutait les prisonniers, j'étais prise de migraines. Il faut que les gens sachent ce qui s'est passé.

Au musée du KGB, à Vilnius, uniforme et arme d'un soldat soviétique © Augustin Arrivé

 

Et les jeunes savent. Leurs parents leur ont raconté. Akvilina avait 8 ans à la chute du Mur. Son père a participé à la longue chaîne humaine, en août 1989, entre Vilnius et Tallinn, pour réclamer l'indépendance des pays baltes. "Pour moi, l'indépendance, c'était la liberté. Avant, par exemple, personne ne portait de jeans en Lituanie, parce qu'on n'en avait pas les moyens. Il fallait aller jusqu'en Pologne. Ensuite on s'est mis à suivre la mode." Elle est aujourd'hui vendeuse dans un magasin de vêtements chics du centre-ville.

 

Akvilina, 33 ans : "A l'indépendance, on a eu accès à plein de trucs, des jeans, des chewing-gums..."

 

Changez de quartier et le discours changera un peu. Gediminas quitte le marché les bras chargés de sacs de patates. Avec ses crocs au pied, il monte dans sa vieille bagnole. "Je crois que j'aime encore moins les Etats-Unis que la Russie." A 28 ans, il participe régulièrement à des rassemblements politiques. Il dit vouloir réveiller les Lituaniens. "Avant au moins, il y avait un sentiment communautaire, les gens étaient plus proches les uns des autres. Maintenant on vit séparés."

C'est ça, l'esprit du capitalisme : couper les gens de leur racines. Plus tu les isoles, plus c'est facile de les contrôler.

Gediminas, anticapitaliste chevronné : "J'aurais dû me raser, je dois avoir une tête de terroriste"

 

Il trouve qu'on vit aujourd'hui comme des robots, sans réfléchir. Ca ne veut pas dire qu'il souhaite un retour de l'ère soviétique, surtout pas. "De toute façon, si Poutine essaie de venir en Lituanie, on sait tous ce qui arrivera. Ce sera la troisième guerre mondiale."

La fin de l'URSS a eu une conséquence très concrète dans la vie de Kristina : elle a pu partir étudier en Suisse. Aujourd'hui, dans un Français quasi-parfait, elle reconnait sa chance, mais elle sait aussi ce que lui ont répété ses parents :

Nous vivions difficilement, nous n'avions pas beaucoup de possibilités, mais tout le monde travaillait et on pouvait s'acheter notre appartement.

Kristina : "Il y a de bons et de mauvais côtés dans chaque système politique."


Aujourd'hui, on trouve des quartiers entiers de cabanes en bois à quelques centaines de mètres du palais présidentiel. Et le taux de chômage atteint les 11,4% dans le pays. Beaucoup de jeunes préfèrent s'exiler. Pas elle, qui est revenue sans hésiter. "Mes racines et ma famille sont ici."

Des ados jouent au football à l'ombre d'une église parmi les dizaines que compte Vilnius. Tom a seize ans. Son père est Allemand, sa mère est Russe. "On rigole de ça à la maison : les deux pays les plus va-t-en-guerre de la planète !" Lui est né en Lituanie, et il a été élevé comme un Lituanien. "Mes parents ont tenté de défendre la foule quand les Sovietiques ont attaqué la tour de la télévision" [Une répression qui a fait quatorze morts en janvier 1991.]

 

Tom : "Mes parents considéraient qu'ils appartenaient à la même communauté que les Lituaniens."

 

Ses parents lui ont dressé le tableau sombre des années qu'il n'a pas vécues : "Je sais qu'on n'avait pas le droit de dire ce qu'on voulait." Aujourd'hui, tout le monde autour de lui a peur d'un retour des Russes. "Ils sont tellement plus puissants que nous !" Avec toutes les nationalités de sa famille, il sait que si ça doit arriver, il partira. "On voyagera encore."

 

Retrouvez le making-of intégral de ce reportage dans un live-tweet tout en images par ici.

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Reportage et photos : Augustin Arrivé

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