L'enterrement d'une série SF d'exception

La Pop au carré Jeudi 30 octobre 2014

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L'enterrement d'une série SF d'exception
"Aâma", sacrée meilleure série l'an dernier au festival de la BD d'Angoulême, s'achève aujourd'hui dans un quatrième album psychédélique, apogée parfaite de ce trip SF sur l'amour d'un père pour sa fille.

 

On avait rencontré Frédérik Peeters l'an dernier, après son prix de la meilleure série décroché à Angoulême. L'artiste suisse parlait alors de son Aâma comme d'un "mélange entre l'infiniment grand de l'univers et l'infiniment petit de l'individu." Au moment de livrer le quatrième et ultime tome (toujours chez Gallimard), on ne sait plus à quelle échelle se placer. L'univers se déglingue, son immensité dépend du sort d'une toute petite fille, et le héros, Verloc Nim, jadis faible et misérable, est devenu surpuissant.

 

Extrait de "Aâma, tome 4 : Tu seras merveilleuse ma fille", de Fr.Peeters © Gallimard, 2014

 

Depuis quatre ans, Frédérik Peeters raconte son histoire, celle d'un marginal qui vit à l'ancienne, sans électronique, lisant des livres en vieux papier. Un type largué, qui s'est fait larguer, et qui cherche, coûte que coûte, à revoir la fille dont il n'a plus la garde. Son frère l'aide alors que tout les oppose.

A l'origine, le personnage principal était plutôt calqué sur une vision des choses qui me ressemblait, et son frère pouvait correspondre à mon propre frère. Mais tout n'est pas si simple.


 

Aâma est une épopée. Et Verloc, dans cet ultime volet, avance irrémédiablement vers son destin. Il bondit vers lui, des pas de géant à l'aveuglette dans le cosmos. Son esprit est assailli par les débris de son histoire. "C'est l'aventure assez classique d'un homme incomplet, avec ses fêlures, que les péripéties vont compléter et mener vers une forme de plénitude." Visuellement, ça donne quelque chose comme ça :

 

Extrait de "Aâma, tome 4 : Tu seras merveilleuse ma fille", de Fr.Peeters © Gallimard, 2014

 

L'auteur assure ne pas vouloir transmettre de message. D'ailleurs, il pensait dans un premier temps occuper un volume entier de la série à ne plus rien raconter. "Je voulais en faire un dernier totalement hallucinatoire, sans humain, uniquement des formes sur 60 pages. Et puis j'ai réalisé que, commercialement, c'était risqué." Dans ce dernier tome, il réduit néanmoins l'intrigue au strict minimum et laisse libre cours à ses délires graphiques.

Moebius, le plus grand dessinateur du monde, disait qu'à partir d'un moment, on ne crée plus mais on raffine. Et c'est exactement ça : une accumulation d'influences (voyages, art contemporain, etc) qu'on laisse macérer et qui finit par ressortir naturellement.


 

La fin de ce quatrième numéro est relativement ouverte (frustrante ?). Même si Frédérik Peeters ne touchera pas plus à ses personnages. "Verloc, ce n'est pas James Bond, il ne va pas partir pour une nouvelle mission." Mais il vous laisse la possibilité d'imaginer leur avenir. "Laissons-les vivre."

 

Extrait de "Aâma, tome 4 : Tu seras merveilleuse ma fille", de Fr.Peeters © Gallimard, 2014

 

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Illustration de couverture : Aâma, t4 : Tu seras merveilleuse, ma fille, de Fr.Peeters © Gallimard, 2014

Reportage : Augustin Arrivé

 

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