L'enfer des commentaires

L'actualité numérique Mardi 30 juillet 2013

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L'enfer des commentaires
Mais pourquoi sont-ils aussi méchants ? A en croire certains chercheurs, la violence et l'absurdité sanglante des commentaires sur Internet sont à chercher dans nos réflexes ancestraux : avoir raison serait pour nous carrément une question de vie ou de mort.

 

Commencez par arrêter de vous entre-branler et sortez vous les doigts du derche pour nous pondre des papiers couillus et réfléchis.


 

Un style mordant, une bienveillance caractérisée : pas de doute, nous sommes en présence d'un beau spécimen de commentaire laissé sur Internet. Au bas des articles de presse ou sous une publication quelconque, ces espaces d'expression personnelle brillent le plus souvent par leur violence et leur absurdité.

Des insultes gratinées aux accusations d'obédience à une quelconque loge maçonnique cherchant à dominer le monde, les commentaires sur Internet sont un peu le roller-coaster de toute publication : il y a des envolées lyriques, des assassinats verbaux et on peut être sûr que ça partira dans tous les sens, dans la cacophonie et la mauvaise foi les plus totales.

 

 

Mais pourquoi sont-ils aussi méchants ? A en croire certains chercheurs, dont les travaux sont relayés par Le Guardian, l'explication est à chercher du côté de certains de nos réflexes ancestraux. En bon couillons de bipèdes, nous associons instinctivement le fait d'avoir raison (et surtout de bien s'assurer que personne n'ose nous contredire) à notre survie. S'imposer dans des commentaires serait alors carrément une question de vie ou de mort.

 

 

Si le réflexe, que Le Guardian désigne par le nom évocateur de "modèle de Sa Majesté des Mouches", n'a plus grande utilité aujourd'hui, il n'empêche qu'il s'activerait encore, chaque commentaire tournant à la confrontation à mort. Théorie qui permettrait de mieux saisir cette tension dramatique insensée que nous collons parfois sur le simple fait d'écrire un avis, et d'appuyer sur entrée pour le balancer en ligne.

On passe dix minutes à se demander si ça vaut le coup de s'engager dans le combat, dix minutes de plus à rédiger un machin long comme le bras une fois qu'on s'est finalement décidé à se lancer, dix encore à relire le pavé pour s'assurer qu'il est inattaquable. Et la journée à rafraichir compulsivement la page pour prendre connaissance des réactions qu'auront suscitées l'avis en question, largué comme une arme militaire de précision. Et si un malheureux contradicteur ose alors se manifester, bingo ! le duel s'amorce.

 

Jusqu'à l'éventuelle mise à mort, explique encore Le Guardian, bannissement ou pire, ternissement de notre réputation si savamment élaborée. Quant aux fameux point Godwin (la probabilité de voir un commentateur traiter un de ses comparses de nazis est proportionnelle à la longueur de l'échange), il serait l'ultime manifestation de notre mauvaise foi et notre volonté irresistible de terrasser notre contradicteur.

Donc, la prochaine fois que vous vous fendez d'un selfie sur Instagram ou d'un avis bien senti sur Facebook, souvenez-vous que votre cervelle préhistorique prend le dessus. Histoire de relativiser un peu en cas d'échanges musclés. Ou d'avoir une bonne grosse excuse en cas de dérapage incontrôlé.

SONS :

- Pub Orangina, parce queeeee !
- Bande originale de Barry Lyndon, Sarabande, parce que commenter en ligne, c'est potentiellement jeter un gant à la figure de millions d'internautes

Andréa Fradin

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