L'autre ruée vers l'or

Pendant ce temps, à Vera Cruz (old) Mardi 24 juin 2014

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L'autre ruée vers l'or
Loin de l'imaginaire western, l'Afrique de l'Ouest est aussi le théâtre d'une ruée vers l'or. En Guinée Conakry, des dizaines de milliers de personnes tentent chaque année de faire fortune sur les rives du fleuve Niger. L'espoir de jours meilleurs, dans des conditions difficiles et au mépris de l'environnement.

C'est une région réputée pour ses mines d'or, que l'on dit prospères. Siguiri, aux abords du fleuve Niger et de la frontière malienne attire toute l'année des orpailleurs guinéens, ivoiriens, libériens, sénégalais et maliens.

Hommes, femmes, enfants, munis d'outils rudimentaires, ils triment toute la journée dans la poussière de la mine de Ségué, sous-préfecture de Siguiri.

Un groupe d'orpailleurs à la mine de Ségué © Sidy Yansané


La concession se transmet de père en fils et comme dans n'importe quelle entreprise, la vie de la mine est régie par un système hiérarchique structuré. Le chef de mine nomme des "Tombolomas", des juges qui édictent les règles et sanctionnent.

Ils sont épaulés par des "Donzos", des chasseurs traditionnels que l'ont dit dotés de pouvoirs et qui servent de police au sein de la mine. Suffisant pour faire régner l'ordre malgré les nombreuses nationalités qui se croisent.

Un gramme d'or se négocie 250.000 francs guinéens, environ 25 euros, 10 fois le salaire quotidien moyen © Sidy Yansané
  

Ici pas de techniques modernes, les orpailleurs travaillent à l'ancienne. Ils creusent de profonds puits et examinent minutieusement la terre remontée à la surface, à l'affut de la moindre poussière d'or. Plus proche de Siguiri, la mine de Tonson est la plus prisée du moment. Des millions de chercheurs d'or s'y pressent, depuis toute l'Afrique de l'Ouest, comme ce jeune burkinabé :

Je suis ici pour devenir chef de famille. Cela fait cinq fois que je viens ici. Je viens et je repars... Quand j'aurais trouvé de l'or, j'irai chercher une maison au Burkina pour y installer ma famille. Je trouverai un autre travail.


Un orpailleur examine un tas de graviers © Sidy Yansané


L'exploitation artisanale du minerai est un désastre écologique, en raison notamment de la déforestation intensive, le bois  servant à consolider les parois des puits. Une situation qui n'inquiète pas les orpailleurs outre mesure.

Quelles que soient les méthodes, pourvu qu'on trouve de l'or, que cela détruise ou pas. Le plus important, c'est l'or.


Le bois, prélevé massivement © Sidy Yansané


Tous vivent dans des camps de fortune, glauques et insalubres. Celui de Tonso est un État dans l’État. Tout y est : boutiques, marchés, restaurants, boîtes de nuit, mais surtout des prostituées, venues de toute l'Afrique occidentale. Et le gouvernement guinéen laisse faire. Rien n'est prévu pour réglementer l'exploitation artisanale de l'or et aucune mesure de protection de l'environnement n'est à l'ordre du jour.

Reportage, photos : Sidy Yansané. Edition : Sébastien Sabiron.

 



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