L'archipel des Tokelau, champion d'Internet

le Reportage de la Rédaction Lundi 04 août 2014

Réécoute
Dernières diffusions
L'archipel des Tokelau, champion d'Internet
Le territoire qui accueille le plus grand nombre de sites web est un petit archipel au large de la Nouvelle-Zélande, les Tokelau, 1.200 habitants et 25 millions d'adresses se terminant par ".tk", dix fois plus utilisé que les adresses en ".fr".

 

Connaissez-vous les Tokelau ? Si vous avez réussi à poser un pied sur l'archipel, vous avez notre respect éternel : sans aéroport ni port tout court, ces trois îles ne sont réapprovisionnées en vivres qu'une fois par mois lorsqu'un bateau approche au large et que quelques barques viennent à sa rencontre récupérer les précieux colis.

 

Des habitants des Tokelau, réapprovisionnés en eau par des marins américains/ Cc FlickR US Embassy

 

Les Tokelau, 1.200 habitants, atoll du Pacifique proche de Wallis et Futuna, ont placé une grande part de leur économie dans l'attribution des noms de domaine internet. 25 millions d'adresses URL se terminent aujourd'hui par un ".tk", contre 2,8 millions de ".fr". Car la location de ces adresses est gratuite. C'est ce qui a convaincu Sébastien Lannoy, bloggueur luxembourgeois, de faire appel à eux, voilà une dizaine d'années pour créer son site d'étudiant :

J'étais étudiant en comptabilité. Un hébergeur français louerait un nom de domaine pour un peu plus de 8 €/an, mais je ne voulais pas mettre d'argent dessus.


 

Utiliser le service des Tokelau lui permettait, en plus, d'obtenir une adresse facile à mémoriser, beaucoup d'intitulés restant disponible. Dix ans plus tard, il continue d'écrire sur internet mais il a opté pour un autre nom de domaine : maj-web.com. Plus fiable, d'après lui : 

Les domaines en ".com" ou ".fr" sont enregistrés à votre nom. Tandis qu'un ".tk" n'appartient qu'au gestionnaire du domaine. A tout moment, on peut vous le retirer, même si vous avez créé un site dessus et que vous générez des visites.


 

Matthieu Crédou est le directeur marketing de l'AFNIC, l'association française pour le nommage Internet en coopération, qui gère les adresses en ".fr". Il assure que la démarche des Tokelau est parfaitement légale : "C'est l'ICANN qui attribue ces extensions au niveau international, et elle suit des règles très strictes. Il faut absolument l'aval des autorités locales pour obtenir cette extension."

 

Fadi Chehade, PDG de l'ICANN (à gauche), lors d'un précédent sommet de l'organisme/ CC FlickR ICANN


C'est la gouvernance de cette ICANN qui est aujourd'hui remise en question. Etroitement liée à l'administration américaine, elle a fait l'objet de débat au printemps lors de la conférence NetMundial de Rio, puis en juin au Sénat français. "Le .tk a dû recevoir à un moment un tampon de l'administration américaine", explique Matthieu Crédou. "Et même si les Etats-Unis n'ont jamais abusé de ce pouvoir, ils pourraient un jour bloquer ce processus."

L'ICANN s'est engagé à réformer sa gouvernance d'ici la fin 2015. Rien n'est tranché, mais Axelle Lemaire, secrétaire d'Etat en charge du numérique, suggère une direction collégiale mêlant gouvernements, industriels et représentants de la société civile. Laquelle Axelle Lemaire est plutôt remontée contre cet organisme depuis qu'il a refusé son idée d'attribuer les domaines ".vin" aux seuls viticulteurs disposant d'une AOC. "L'ICANN a légalisé la contrefaçon", s'était-elle emportée. La guerre est déclarée.

 

Les choix actu du Mouv', c'est tous les jours dans le Reportage de la Rédaction.

Et abonnez-vous au podcast RSS et iTunes.

 


 

Reportage et mise en page : Augustin Arrivé

Photo de couverture : Cc FlickR US Embassy


Commentaires