L'album de plage 'Paul's Boutique'

Les plages musicales (2013-2014) Mercredi 30 juillet 2014

Réécoute
L'album de plage 'Paul's Boutique'
Le deuxième album des Beastie Boys s'est imposé comme un monument du hip-hop, un véritable festival de samples piqués dans les musiques soul, rock et funk des années 70 pour un album d'été destiné aux piscines et aux plages de ville, cachées derrière le bitume fumant et les sirènes hurlantes.

 

C'est il y a tout juste 25 ans, le 25 juillet 1989, qu'est paru Paul's Boutique, soit un mois après le film Do The Right Thing de Spike Lee qui décrit à sa manière la fournaise de cet été new-yorkais. Stars interplanétaires depuis 3 ans et la sortie de Licensed to Ill, chef d'œuvre brutal qui s'appuyait sur une énergie hard-rock et qui s'est écoulé à plus de 8 millions d'exemplaires. Les Beastie Boys sont alors les premiers artistes blancs à s'imposer dans un genre inventé par les noirs et se voient accusés par certains de voler leur musique. Du coup, changement de cap !

Séparés de leur label Def Jam, le gros label hip-hop du moment, ils quittent leur ville de New York pour Los Angeles où ils travaillent avec le duo de producteurs The Dust Brothers, deux gars qui font principalement des BO de films, dont celle de Fight Club dix ans plus tard. A eux tous, ils se mettent à construire des chansons avec un nombre invraisemblable de samples d'autres titres. "Paul's Boutique" sera ainsi le dernier grand album à utiliser des samples de façon un peu sauvage.


 

Extraits de morceaux des Bar-Keys, Diana Ross et ses Supremes, Led Zeppelin, Sugarhill Gang, Afrikaa Bambaataa, James Brown, Kurtis Blow, Sweet, Deep Purple, Kool & the Gang,  Commodores, Ramones, Pink Floyd, Johnny Cash, Beatles... autant dire que s'il avait fallu payer tous les droits à l'époque, Paul's Boutique n'aurait juste pas pu exister. Le trio dépensé à l'époque environ 250.000 dollars en droits là où plusieurs millions seraient nécessaires aujourd'hui.

Equivalents musicaux de ce que Quentin Tarantino construira avec le cinéma, ils bâtissent une œuvre nouvelle et hyper originale à base de références et de clins d'œil aux musiques qu'ils aiment, le tout enrobé de beaucoup d'humour, pour un classique qui va fournir plein d'idées à des producteurs comme RZA du Wu-Tang Clan, J Dilla ou encore les Australiens d'Avalanches qui vont bâtir leur musique sur l'art de sampler intelligemment.

De flop commercial sur le moment, Paul's Boutique s'est imposé comme le chef d'œuvre des Beastie Boys après coup, quand le monde s'est rendu compte de sa richesse artistique. A tel point que des fans ont récemment demandé à la mairie de New York de rebaptiser "Beastie Boys Square" le croisement du Lower East Side à Manhattan où a été prise la photo de la fameuse Paul's Boutique de la couverture. Face au refus de la mairie, un tableau mural est en cours de réalisation par une artiste. La Paul's Boutique tient encore debout mais s'est vue rénovée tandis que le magasin de sport a été remplacé par une sandwicherie.

Donc si vous n'êtes pas branché plage cet été mais que vous avez choisi la chaleur new-yorkaise, un pèlerinage au carrefour de Ludlow et de Rivington Street s'impose.


 

Album - "Paul's Boutique" (Capitol / Warner)


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