L'adieu à "Blast"

Bande Dessinée Mardi 11 mars 2014

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L'adieu à "Blast"
Le quatrième et ultime tome de "Blast" clôt en beauté la série-phare de Manu Larcenet. "Pourvu que les bouddhistes se trompent" répond à toutes nos questions dans un twist final épatant.

 

Les fans de Manu Larcenet attendaient ça depuis 2009. Les autres s'en foutaient, mais ils avaient tort. Pourvu que les bouddhistes de trompent, le quatrième et dernier tome de la série Blast vient de sortir chez Dargaud. Et nous voilà en plein Usual Suspect. Ca fait 800pages que nous sommes enfermés avec Polza Mancini, énorme bonhomme gardé à vue, interrogé par deux policiers. On sait qu'il a agressé une femme. On nous a dit qu'elle est dans le coma. Les enquêteurs veulent savoir comment c'est arrivé. Lui s'en fiche du "comment" mais il est d'accord pour leur dire pourquoi. Et il faudra donc ces quatre tomes d'une BD magistrale pour qu'il raconte toute son histoire.

 

Le matin de la sortie de l'album, Manu Larcenet en a posté la couverture sur son blog, accompagné de ce mot : "Je n'ai pas compté, mais ça doit faire cinq ans que je suis dessus, à ne penser qu'à ça tout le temps." Ca valait le coup d'y mettre cette sueur. On a là affaire à un chef-d'oeuvre, et le terme n'est pas galvaudé.

Chef-d'oeuvre graphique d'abord : de superbes noir-et-blanc, parfois mêlés avec les apparitions colorées des dessins de ses enfants. Il s'autorise de vastes planches sans dialogues, plans de nature, un écureuil qui court ou un visage en sang. Chef d'oeuvre scénaristique ensuite : on réalise à la fin de cette odyssée qu'aucun détail n'était gratuit, et que tout, absolument tout, nous menait vers ce dénouement.

 

Quand on a connu Larcenet, il dessinait chez Fluide Glacial des scénettes hilarantes, absurdes, et cachait des éléphants à grosses pattes dans les coins des cases. Un très long chemin a été parcouru depuis. Le dessin est de plus en plus paisible à mesure que l'ambiance s'assombrit. Déjà, en recevant son Grand Prix à Angoulême, pour Le combat ordinaire, il avait quitté la poilade. Il nous parlait de deuil, de crises d'angoisse, du Front National et de la guerre d'Algérie.

Cette fois, il nous a présenté un anti-héros complètement désocialisé, un obèse dégueulasse qui boit, se drogue, et semble détester une bonne partie de l'humanité. Quatre volumes durant, nous sommes confrontés à des meurtres, à des viols. Mais surtout, surtout, dans ce quatrième tome, nous comprenons un peu mieux ce qui se cache derrière ce titre, "blast", ces périodes de transes que Polza raconte, ces moments pendant lesquels il voit surgir des statues de l'île de Pâques.

 

Qu'est-ce que Larcenet va préparer maintenant ? Sur la dernière page, il dédie son histoire à un certain Laurent Beaufils "avec qui", dit-il, "nous projetions d'en faire un film ainsi que de devenir des tueurs de masse. Nous ne ferons malheureusement ni l'un ni l'autre." J'espère qu'il persistera dans la bande dessinée. C'est un domaine dans lequel il se débrouille décidément vraiment bien.

Illustrations : Blast, tome 4 © Manu Larcenet pour Dargaud

Chronique : Augustin Arrivé


 

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