L'abeille, monnaie d'échange pour devenir ruche

World in Progress Samedi 24 août 2013

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L'abeille, monnaie d'échange pour devenir ruche
A l'heure de la mondialisation, pendant qu'H&M délocalise en Ethiopie ses usines chinoises, une alternative existe : l'économie locale. A Villeneuve-sur-Lot, des centaines de personnes payent leurs achats en abeilles, loin des tumultes de la zone euro.

 

Quel est le point commun entre Orania (en Afrique du Sud), Espinal (au Mexique) et Villeneuve-sur-Lot (dans le Lot-et-Garonne) ? Une mairie, une école, des arbres, un vélo, certes mais encore ? La bonne réponse était : chacune de ces villes possède une monnaie locale.

 

Tant de monnaie, Charles Aznavour et Pierre Roche, live à l'Olympia © EMI, 1972

 

La première expérience du genre remonte aux années '30 en Autriche. La petite commune de Wörgl (à vos souhaits) morflait sévère en pleine Grande Dépression : +30% de chômage, des dettes astronomiques et un voisin allemand qui commençait à crier un peu trop fort. Pour garder la tête hors de l'eau, le gouvernement local lance un système de bons à échanger contre des schillings. L'économie locale ressuscite.

 

Un arbeitswertschein de Wörgl et son descendant villeneuvois, le billet de cinq abeilles

 

Le même principe existe donc dans le grand Villeneuvois. Laurent Kramer, de la rédac' du Mouv', est allé y faire un tour. Un euro peut être échangé là-bas contre une abeille. Attention : si vous ne l'utilisez pas dans les six mois, la bestiole perd 2% de sa valeur. 150.000€ ont déjà été transformés. Et l'abeille ne coule pas.

 

 

La devise a été créée en janvier 2010 par une association du coin, Agir pour le vivant. L'animateur, Didier Gusse, veut montrer que la spéculation n'a rien d'une fatalité. Les abeilles ne pouvant pas être accumulées en banque ou dans vos bas-de-laine (au risque d'être dévaluées), elles ne servent qu'à faire fonctionner les entreprises et renforcer la croissance. Ceci sans l'aide des figures politiques :

 

 

Didier Gusse, animateur de l'association villeneuvoise Agir pour le Vivant © Laurent Kramer, Le Mouv'

 

 

 

Pour pouvoir encaisser des abeilles, les entreprises doivent d'abord signer une charte environnementale. Pour l'agroalimentaire, ça veut dire produire bio. Elles s'y engagent également à préserver les conditions de travail de leurs employés. Chacun y trouve son compte, comme l'explique ci-dessous Judith, productrice de fromage de chèvre à Gavaudun, et utilisatrice d'abeilles :

 

Judith, Ludovic, leur fils et leurs chèvres (abeilles non fournies) © Laurent Kramer, Le Mouv'

 

Une vingtaine de monnaies de ce genre existent en France, environ 500 sur toute la planète, plus ou moins développées selon les régions. Si le Chiemgauer allemand couvre tout le sud-est de la Bavière, l'Hermès, qui devrait voir le jour à Bordeaux, ne concernera que le centre-ville de la capitale girondine.

 

Les commerçants villeneuvois n'ont pas forcément envie d'étendre la zone d'utilisation de leur abeille. Une monnaie locale doit rester locale : c'est ainsi qu'elle peut renouer le lien social entre les habitants et les entreprises. Christine et Romain, de la ferme des Fanalous, à Saint-Sylvestre, voient nettement la différence :

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Au-delà du pur aspect économique, certains y voient une démarche politique. En s'éloignant du système monétaire habituel, on prend aussi ses distances des grands décisionnaires européens. Nos économies ne se décident plus à Bruxelles, Strasbourg ou Berlin, tout est géré au coin de la rue, sur la route pour aller chercher le pain.

 

 

Mathias est peintre-décorateur à Villeneuve-sur-Lot. Il apprécie de se sentir impliqué dans la vie de la communauté. L'abeille réinvente la démocratie, à petite échelle, plus près des préoccupations de chacun.

 

 

Mathias, peintre-décorateur et consommateur d'abeilles, sans miel © Laurent Kramer, Le Mouv'

 

 

 

 

Les monnaies locales peuvent-elles redynamiser la France ? Pour en parler, World in Progress reçoit Frédéric Bosqué, cofondateur du sol-violette, monnaie en circulation à Toulouse, Cyril Dion, cofondateur du mouvement des Colibris qui prône la création de sociétés autonomes, Benoît Mounier, en charge du développement des accorderies (systèmes d'échange de services) en France, et Aude Leveillé, responsable de l'accorderie du XIVe arrondissement de Paris.

 

 

 

 

 

 

 

Reportage signé Laurent Kramer (@LaurentKramer)

 

 

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