Journal d'un corps

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Journal d'un corps
Journal d'un corps, de Daniel Pennac, paraît en poche. Et si le corps avait son mot à dire ?

On connaissait surtout Daniel Pennac pour La Saga Malaussène, tendre chronique familiale sur fond de dédales bellevillois. Toujours candide, mais moins géolocalisé, il propose, avec Journal d’un corps, une introspection ambitieuse.

 

A la conquête du corps

C’est pour lutter contre ses peurs que le jeune narrateur du Journal (12 ans) commence à noircir des cahiers : peur des piqûres de fourmis, peur des miroirs, peur « d’avoir mal », peur de « se souiller »…

Puisqu’il faut bien dompter ces frousses, et avec elles, les réactions imprévisibles de son corps - cet étrange étranger - il décide de les coucher. Pour s’encourager ou mesurer le chemin qu’il lui reste à parcourir, il découpe dans le Larousse la gravure de « l’écorché », cet « homme représenté dépouillé de sa peau », et qui permet « d’étudier la dispostion et la forme des muscles, des veines, des articulations ».  Car c’est bien connu, on a surtout peur de ce que l’on ne connaît pas.


Reprenant l’injonction socratique du « Connais-toi toi-même », le narrateur se lance dans un projet qu’il poursuivra jusqu’à sa mort, 75 ans plus tard.
De 12 à 87 ans, Journal d’un corps raconte l’évolution d’une enveloppe physique qui se heurte aux fantaisies cérébrales qu’inspire constamment la grande aventure de la vie.

Elle commence à a puberté, avec la grande surprise de l’éjaculation:

"  En séchant sur la peau, le sperme se craquelle. On dirait du mica ", 13 ans, 5 mois, 7 jours



Elle continue avec le jeune adulte précipité par la guerre (« le goût retrouvé du café après toutes ces années de chicorée ! Le café noir, fort, amer », 22 ans, 3 mois, 1 jour) ou le premier coup de foudre (« La suffocation amoureuse ! Pas facile à décrire si on ne veut pas se noyer dans la soupe aux sentiments ! Par bonheur, l’amour regarde foutrement le corps », 26 ans, 5 mois, 2 jours. »).
Elle s’enracine de la paternité (« Devenir père, c’est devenir manchot. Depuis un mois je n’ai plus qu’un bras, l’autre porte Bruno, » 28 ans, 3 mois, 17 jours) aux premiers signes de vieillesses (« à vingt ans, m’étirer c’était m’envoler. Ce matin, j’ai cru me crucifier en m’étirant », 56 ans, anniversaire) et jusqu’au dernier souffle:

« N’aie pas peur, je vais te montrer », 87 ans, 19 jours


 

L’histoire d’une vie

Derrière l’étude entomologiste du Journal d’un corps, il y a un roman caché. Celui d’un narrateur candide, fils d’un homme brisé par la Grande Guerre et d’une femme acariâtre, qui se console dans les jupes d’une nounou parfaite. Devenu haut-fonctionnaire, fidèle époux, père appliqué, il reste cet homme ingénu qui dit ATCHOUM lorsqu'il éternue. Retraité et grand-père gâteux, il accueille le soir de sa vie avec une philosophie curieuse.

Un type bien, en somme, voire un peu chiant. Du genre qui aime le sport et qui défend la cause des femmes. Pardonnons à Pennac ce côté boy-next-door et laissons à ce Journal d’un corps une dernière qualité : à travers le prisme de la sensation physique, il raconte la tortueuse histoire d’amour du corps et de l’esrpit, où si souvent l’un veut quand l’autre ne peut. Si intimement liés, si rarement accordés, si ce n’est lorsque les souffrances de l’un ricochent sur la santé de l’autre, 

 

 


 

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