John McAfee

Les lectures Lundi 27 janvier 2014

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©Maxime Büchi
Roi de l’esbroufe et du scandale, John McAfee a bâti un empire sur les grandes peurs contemporaines.

Le système McAfee pourrait s’illustrer avec cette anecdote, citée par le journaliste Joshua Davis dans John McAfee, un terroriste moderne : étudiant à Roanoke, John McAfee vend des revues au porte-à-porte pour gagner sa vie. Il fixe ses interlocuteurs de ses yeux bleux marmoréens, et leur explique avec aplomb qu’ils « sont les heureux gagnants d’un abonnement complètement gratuit. » A l’exception de quelques « frais d’expédition et de traitement minimes ». Il vend à tour de bras et comprend que les faiblesses des autres sont un marché très lucratif. Ce ressort de la peur devient la cheville ouvrière du système McAfee. Elle fera sa fortune avec la grande menace informatique et le succès fulgurant des logiciels McAfee, une réponse paranoïaque aux trous de sécurité de Windows. Fondés en 1987 par un John McAfee borned again, après un long tunnel marqué par une grosse addiction à la cocaïne, au LSD et à la DMT, les logiciels ne sont pourtant qu’un petit épisode de la vie romanesque, excessive et souvent douteuse de ce furieux mégalomane.

John McAfee démissionne en 1994 et passe plus de dix ans dans la Silicon Valley. Il monte et enseigne dans son propre centre de yoga, publie des livres de spiritualité et multiplie les acquisitions immobilières et automobiles. Jusqu’au jour où, la retraite approchant, John McAfee, en bon américain encombré par ses propres dollars et refroidi par la crise, décide de tout revendre et de prendre le large. Il repère une maison sur Google Earth et part s’installer au Belize.

 

 John McAfee s’est enfui au Bélize pour tout laisser derrière lui. Il a tout laissé, excepté lui-même.


 

Les femmes sont belles, jeunes et pauvres. Les hommes sont dangereux. La nature est luxuriante. Les vestiges de l’histoire évoquent des mondes disparus. McAfee perd la tête et réveille en lui le cow-boy conquérant. Après la menace informatique, c’est au virus de la pègre sud-américaine que McAfee s’attaque :

« Son succès était dû en partie à sa capacité à propager sa propre paranoïa, sa peur qu’il existe toujours quelqu’un, quelque part, sur le point de lancer une attaque, » s’explique Joshua Davis.

Tatoué, décoloré, armé jusqu’aux dents, John McAfee se réinvente en justicier. Il rachète les prostituées locales et les installe chez lui. Il accule les petits narcotrafiquants. Il subventionne la police et l’armée. Il se fait des ennemis. Il manque de se faire tuer par sa maitresse mineure, qu’il prive un mois de télévision pour la punir.

L’enquête appronfondie de Joshua Davis, (mal)heureux élu et confident médiatique de John Afee, raconte par le menu les aventures de John McAfee en Amérique du Sud, de son laboratoire de recherches antibiotiques à son arrestation pour trafic de drogues et possession d’armes. Effarantes et comiques à la fois, elles dressent le portait d’un personnage ultra-contemporain, à la fois puissant et complètement dément, avec une idée très précise du sens de la justice.

En allant chercher dans la figure du père, alcoolique, violent et suicidé, en allant chercher dans le paradigme de l’entrepreneur millionaire et narcissique ou dans les pouvoirs perfides de l’argent, John McAfee, un terroriste moderne est aussi le portrait d’une époque aux névroses insolentes.


 

Crédit photo : Maxime Büchi

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