Jeanne Moreau s'offre un lifting en labo

le Reportage de la Rédaction Mercredi 31 juillet 2013

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Jeanne Moreau s'offre un lifting en labo
C'est devenu une tendance forte du cinéma français : chaque semaine ou presque un vieux classique ressort en version restaurée, nickel. Aujourd'hui, c'est "La baie des anges" de Jacques Demy. Et Jeanne Moreau resplendit.

 

C'est l'un des premiers films de Jacques Demy, mais certainement pas le plus célèbre. Dommage : La baie des anges est une merveille. Michel Legrand signe déjà la partition, mais ce n'est pas une comédie musicale. Jeanne Moreau y joue, en noir et blanc, une croqueuse d'hommes droguée aux jeux d'argent. Elle tombe amoureuse de Jean, un jeune innocent qui finance ses excès dans les casinos de la Côte d'Azur.

 

 

Ca c'était la bande-annonce originale (© Ciné-Tamaris). On est en 1963. Cinquante ans plus tard, le film ressort en version restaurée. Et ce n'était pas du luxe :

 

 

Ce lifting-là, c'est l'oeuvre des labos Digimage, à Joinville-le-Pont, dans le Val-de-Marne, l'un des trois principaux laboratoires de restauration de films en Europe (avec Eclair, à Epinay-sur-Seine, et L'Immagine Ritrovata, en Italie). Dix-huit salariés qui bichonnent une cinquantaine de films rien que cette année.

 

La Baie des anges ressort aujourd'hui en salles. La semaine dernière, c'était Jour de fête de Jacques Tati (1949). La semaine d'avant, Hiroshima mon amour, d'Alain Resnais (1959). Et avant, Plein soleil, de René Clément (1960). On continue ? Chaque mercredi, vous pouvez vous faire votre ciné-club.

 

Jour de Fête, de Jacques Tati, version restaurée 2013 © Les films de mon oncle

 

Jérôme Deschamps, qui supervise la restauration de l'ensemble des films de Jacques Tati, remarque bien cette tendance. "Il y a eu une période affreuse où l'on se mettait à coloriser les vieux films en noir et blanc, et je crois qu'on est en train de revenir vers l'authentique. Le public aime retrouver ce patrimoine national."

 

C'est un travail d'orfèvre. Il faut d'abord retrouver des pellicules exploitables. Agnès Varda, veuve de Jacques Demy et propriétaire des droits de son oeuvre, s'est déjà occupée de Lola, des Demoiselles de Rochefort et des Parapluies de Cherbourg, ressortis le mois dernier. A chaque fois, il faut rassembler un maximum de bobines, des négatifs originaux ou des copies correctes. Et puis elle transmet le tout au labo qui les examine.

 

La restauration de Lola, de Jacques Demy © Groupama Gan

 

A Joinville-le-Pont, les pellicules passent d'abord dans une sorte de visionneuse, qui permet de vérifier leur état et les principaux défauts qu'il faudra corriger. "On peut reconstruire jusqu'à trois images, au-delà ça devient compliqué", explique Bruno Despas, le directeur d'exploitation du site. "Nous pouvons aussi effacer quelques traces blanches, lorsque la gélatine est endommagée. L'effacement des rayures est beaucoup plus laborieux."

 

Parfois, la bande sonore n'est plus synchronisée avec l'image, et il faut donc la repositionner. Et puis le film passe dans une seconde machine, un bain aqueux qui le lave, enlève les éventuelles moisissures, et le sèche. On peut passer à la numérisation.

 

Les enfants du paradis, de Marcel Carné, restauré l'an dernier © Pathé Distribution

 

Cinq teraoctets de mémoire (5.000 Go, 5 millions de Mo) pour entreposer un long-métrage. T'as intérêt à avoir un bon disque dur. Chez Digimage, il occupe toute une pièce. Puis les laborantins charge le tout dans leurs ordis à écrans géants et peaufinent les corrections presque image par image.

 

Restauration de la pellicule de La baie des Anges, de Jacques Demy © Ciné-Tamaris

 

"Nous travaillons en ce moment sur les Rohmer", raconte Bruno Despas. "Des films récents comme ceux-là posent moins de problème. Quand il a fallu restaurer des originaux de Georges Méliès qui dataient de 1905, c'était autre chose !"

 

L'exercice se termine presque systématiquement par une impression sur pellicule. Une sécurité pour l'avenir. Les équipes de Digimage n'ont paradoxalement pas si confiance que ça en le numérique : "La pérennité du support reste encore à démontrer."

 

Jeanne Moreau, elle, est éternelle.

 

Reportage signé Augustin Arrivé, de la rédaction du Mouv'

 

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