Je vous écris de Syrie

Pendant ce temps, à Vera Cruz (old) Mardi 17 juin 2014

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Je vous écris de Syrie
160.000 victimes, plus de 6 millions de déplacés, trois ans après le début de la guerre en Syrie, le bilan humain est aussi effrayant que provisoire. Lundi à Paris, Arte et Reporters sans Frontières rendaient hommage aux victimes, avec une soirée de témoignages en présence des ex-otages français.

"Je ne suis pas morte sous la torture, je ne suis pas tombée sous les balles d'un sniper, je n'ai pas été asphyxiée par le gaz sarin. Je suis une syrienne chanceuse". Lu par la comédienne syrio libanaise Darina Al Joundi, le message Facebook d'une jeune syrienne résonne dans le silence concentré de l'Opéra Comique.

"Je vous écris de Syrie" , par Sébastien Sabiron


Initialement prévue pour être une soirée de soutien aux quatre (désormais ex) otages français, Je vous écris de Syrie a finalement pris la forme d'une soirée de soutien au peuple syrien en général. Dans la salle, Nicolas Hénin, grand reporter au Point et Pierre Torrès, photographe indépendant, insistent sur la nécessité et la difficulté de faire entendre la parole syrienne.

Avec notre enlèvement, il y a eu un vent de panique dans les rédactions. Plus personne en France n'envoie de journalistes en Syrie. Pourtant, la guerre continue. Et il faut continuer de s'y intéresser avant qu'elle se rappelle à nous.


Nicolas Hénin, par Sébastien Sabiron


En guise de piqure de rappel : la tuerie du Musée Juif de Bruxelles, qui donne la mesure de la menace djihadiste en Europe. Reporter Sans Frontières évoque aussi l'offensive sanglante de l’État Islamique en Irak et au Levant (EIIL) ces derniers jours dans le triangle sunnite irakien. Preuve selon l'ONG que le conflit syrien s'internationalise chaque jour un peu plus.

C'est d'ailleurs par ce groupe djihadiste que Nicolas Hénin dit avoir été enlevé et retenu en captivité :

Ce sont des commerçants de misère. Ils ont un talent pour venir s'installer où règne le chaos et promettre aux populations un retour à l'ordre. Partout où les gens vivent dans le désarroi et le malheur, ils cherchent à prendre le pouvoir sur le dos des populations locales. Et ils utilisent en Irak les mêmes méthodes qu'en Syrie.



Avant son enlèvement, Pierre Torrès a vu l'EIIL prospérer en Syrie, recruter parmi la population des tribus locales, sans être inquiété par l’armée de Bachar el-Assad. C'était il y a un an, alors qu'il couvrait les élections à Raqqa, sur les rives de l'Euphrate.

Les combattants de "l’État Islamique" n'étaient pas très subtils. Cela ne les a pas empêché de faire main basse sur les ressources pétrolières, de vendre du pétrole à Bachar... La population civile avait une sorte de respect à leur égard en disant : certes ils sont très durs, mais se sont de vrais croyants.


Pierre Torrès, par Sébastien Sabiron


L'inertie internationale sur le dossier syrien a sans doute participé à l'émergence de ces groupes armés. les deux journalistes craignent désormais que la forte médiatisation des islamistes radicaux (au détriment des démocrates) sur les chaînes panarabes et religieuses motive d'avantage de candidats au djihad.

Reportage signé Sébastien Sabiron.



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