Islande : l'île des femmes ?

Mouv'In Europe (2014-2015) Lundi 28 septembre 2015

Réécoute
Islande : l'île des femmes ?
Alors que l'ONU célèbre les droits des femmes à New York, reportage dans un pays modèle en la matière. Depuis six ans, l'Islande domine le palmarès de l'égalité hommes-femmes établi par le Forum Economique Mondial.

Mars 2015, la campagne #FreeTheNipple ("Libérons le téton") envahit la toile. A travers le monde, des milliers de jeunes femmes posent topless sur Twitter pour promouvoir l'égalité entre les sexes et le droit de disposer de son corps librement.

En Islande, Björt Ólafsdóttir, députée de centre gauche twitte une photo de son sein (gauche). Sur cette île de 320.000 habitants, la campagne prend une ampleur inédite.

 

Etudiante en managment événementiel, Nanna Hermannsdöttir a elle aussi montré son téton sur Twitter. Cette étudiante de 21 ans n'est pas surprise de l'engouement islandais pour la campagne Free The Nipple :

 

Il y a beaucoup de gens en Islande qui ne se considèrent pas féministes, mais qui le sont fondamentalement. C'est juste qu'ils n'aiment pas ce mot [...] Le féminisme est très ancré dans notre culture. Comme nous sommes peu nombreux, la pression sociale est assez forte et il est  difficile de s'opposer à l'égalité des sexes...


 

Nanna Hermannsdöttir © Sébastien Sabiron


L'Egalité faite femmes

Régulièrement citée en exemple, l'Islande domine depuis six ans le classement établi par le Forum Economique Mondial sur la parité hommes-femmes. Dans le pays, 82% des femmes travaillent, elles occupent 44% des bancs du parlement, et le gouvernement est quasiment paritaire.

A 29 ans, Katrin Jakobsdöttir est devenue ministre de l'Education et de la Culture. Elle tombe enceinte pendant son mandat et prend un congé maternité. En Islande, le congé dure neuf mois : trois pour la mère, trois pour le père, les trois derniers se répartissent selon le choix des parents. 

Quand j'ai pris mon congé, j'ai été critiquée. Les gens disaient qu'une ministre ne peut pas partir en congé maternité'.Et bien si, elle peut. Une femme n'a pas à choisir entre sa vie professionnelle et sa vie de famille.



Katrin Jakobsdöttir © Sébastien Sabiron


L'Islande a été la première démocratie a élire une femme président. Après la crise de 2008, Jóhanna Sigurðardóttir, ouvertement lesbienne, est nommée premier ministre. En 2010, le parlement vote une loi pénalisant les clients de prostituées et une autre interdisant l'exploitation commerciale de la nudité. Et les exemples sont encore nombreux.

Quelque chose de pourri au royaume des femmes

Portée en étendard par la société islandaise, cette égalité se ressent aussi dans le sport. Dans le pays, le football féminin est très populaire. 4.837 joueuses de moins de 16 ans sont licenciées en club, pour un peu moins d'un millier de garçons.

Les matches importants de l'équipe nationale féminine sont diffusés en direct à la télé publique, un vrai plus pour Anna Bjork Kristinsdottir, attaquante dans l'équipe d'Islande. Mais la jeune femme de 25 ans estime que la lutte pour l'égalité des sexes est loin d'être gagnée dans le football :

Ici, les footballeurs sont pro. Pas les footballeuses. On a toutes un travail à côté. La fédération nous verse les mêmes indemnités que les hommes, mais les clubs les payent bien plus, des millions pour certains joueurs. Si on veut franchir une étape dans l'égalité, il faut commencer par s'intéresser aux salaires.


 

Anna Bjork Kristinsdottir © Sébastien Sabiron

 

Et ces écarts de salaires se mesurent aussi en dehors du football. A compétence égales, les islandaises gagnent 16% à 30% de moins que leurs homologues masculins. Un combat que les féministes islandaises mènent depuis 1975.

En 2012, le gouvernement a tenté sans succès d'imposer un quota de femmes dans les Conseils d'Administration des grandes entreprises. Si la parité est désormais totalement acquise en politique, le monde de l'entreprise islandaise reste une forteresse difficile à prendre.

Reportage, photos : Sébastien Sabiron 


 

Commentaires