Internet peut-il oublier ?

le Reportage de la Rédaction Vendredi 18 juillet 2014

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Internet peut-il oublier ?
Google a lancé son formulaire de droit à l'oubli numérique, fin mai, pour coller au jugement de la Cour de justice de l'Union européenne. En un peu plus d'un mois, le géant américain a reçu plus de 70 000 demandes de retrait de liens.

Mille demandes par jour en moyenne, qui sont envoyées via ce formulaire. En tout ça concerne presque 300 000 URL, et chaque demande doit être traitée individuellement. Un travail titanesque et lent, mais qui fait des petits puisque le moteur de recherche Bing vient de mettre en place le même type de formulaire.

Les Français sont les champions du droit à l'oubli pour l'instant, avec plus de 48 000 demandes, devant l'Allemagne et le Royaume Uni. Mais pourquoi se faire oublier ?

La plupart des demandes viennent de Monsieur et Madame Tout-le-Monde ! Cela concerne des données qui semblent banales mais qui peuvent vous pourrir la vie. C'est le cas par exemple de Déborah, une artiste qui réalise des spectacles de chant et de contes. C'est l'une des premières a avoir fait une demande de droit à l'oubli sur Google:


Après avoir envoyé plusieurs messages à l'auteur de la vidéo qui posait problème, sans succès, Déborah s'est retrouvée un peu coincée, jusqu'à ce que Google mette en ligne son formulaire. Cela a pris un peu de temps mais aujourd'hui Google a supprimé le lien de cette vidéo.

Le problème du formulaire, c'est qu'il est un peu compliqué. Du coup, les spécialistes de la e-reputation ont pris les devants, comme la start-up Reputation VIP, qui a créé un service gratuit, forget.me.

Le site sert d'intermédiaire entre l'internaute et ce fameux formulaire Google puisqu'il aide à rédiger une demande en bonne et due forme, comme l'explique Nicolas N'Guyen, co-fondateur de "Réputation VIP":



20 000 personnes se sont déjà inscrites sur forget.me. Là encore, les demandes formulées n'ont rien à voir avec de terribles secrets que l'on voudrait enfouir à tout jamais...

 

La grande majorité des demandes concernent donc l'atteinte à la vie privée ou à la réputation. A priori cela semble complètement légitime, mais les limites de ce "droit à l'oubli" sont déjà pointées du doigt, notamment par des journalistes de sites de presse en ligne, qui ont déjà vu certains de leurs articles disparaître sans explication de la part de Google, parce que quelqu'un qui était mentionné en avait fait la demande.

Cela pose évidemment la question de la liberté de la presse, puisque ça signifie que Google décide a le pouvoir de décider ce qui est de la diffamation (et donc doit être effacé) et ce qui ne l'est pas, ce qui est normalement du ressort de la justice...

D'ailleurs, des petits malins ont déjà commencé à contourner ce fameux formulaire Google. Le site Hidden from Google s'est donné pour but de répertorier tous les liens supprimés par le moteur de recherche. Autant dire qu'ils ont du pain sur la planche; si vous avez fait une demande de droit à l'oubli, ils sont très loins du compte...

 

Reportage et mise en page : Magali Fichter

 


 

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Photo de couverture : cc Flickr Alain Bachellier

 

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