Insolite: il gagne de l'argent sur Spotify

L'actualité numérique Vendredi 31 janvier 2014

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Insolite: il gagne de l'argent sur Spotify en faisant de la merde
Et si Matt Farley était un génie incompris ? Ce piètre musicien a peut-être inventé un nouveau modèle pour la musique : composer à la demande, pour répondre aux requêtes sur les moteurs de recherche.

 

Les artistes se plaignent souvent de ne gagner que quelques centimes sur Spotify. Il y a au moins un qui gagne bien sa vie sur la plateforme. Il s’appelle Matt Farley, il est totalement inconnu et il a pourtant gagné 23.000 dollars en 2013 en spammant Spotify et iTunes avec 14.000 titres.

Matt Farley est un pragmatique : il ne fait que répondre à une demande. Avec son ancien groupe de musique, il avait remarqué qu’il vendait davantage de MP3 sur iTunes quand il y avait un mot crétin dans le titre de ses chansons, comme par exemple “monkey” (singe).

De l'art de la filouterie sur Spotify

Matt Farley a donc monté un business de musique optimisée pour les moteurs de recherche des plateformes musicales, sans se soucier aucunement de la qualité musicale. Le but est uniquement d’en produire le plus possible. Il enregistre en moyenne 20 chansons par jours, et les bons jours, ça peut monter jusqu’à 100 !

Il a également remarqué que les utilisateurs tapaient souvent des noms de célébrités dans la recherche. Il lance ainsi le groupe Papa Razzi and the Photogs, déjà auteur de 22 albums, soit environ 600 chansons consacrées chacun à une personnalité, de Audrey Tautou (avec un délicieux accent) à Miley Cyrus.

Tout le monde est mon meilleur ami

C’est un peu comme un patron de site porno, Matt Farley essaye de répondre à toutes les niches possibles et imaginables. Il s’est ainsi lancé dans un grand oeuvre, consistant à chanter You are my best friend avec une centaine de prénoms différents: Richie, Pamela ou Sophie.

Évidemment, ces chansons ne connaissent pas un succès extraordinaire. Mais Matt Farley exploite la longue traîne de Spotify: «Je me suis dit : si une chanson peut me faire gagner deux dollars par an, peut-être que 10 000 chansons pourraient donc me faire gagner 20 000 dollars!», explique t-il à 01Net.

Matt Farley donne aussi de sa personne dans de superbes interprétations YouTube, dans des décors aussi variés que son salon ou ses chiottes.

 

Vu de loin, le mec a l’air complètement fou. Mais en fait, il transpose à la musique un modèle assez classique du web. Son oeuvre est l’équivalent musical des fermes à contenu, ces sites qui proposent des articles bas de gamme qui ne font que répondre à une demande sur Google.

L’oeuvre de Matt Farley répond à une évolution récente d’Internet : l’aspect de plus en plus conversationnel des contenus culturels sur le web. Les chansons sont devenues des munitions pour les réseaux sociaux, du contenu à partager sur le mur d’un ami pour lui souhaiter son anniversaire ou lui dire qu’il est notre meilleur ami. Une forme de smiley amélioré.

Les Beatles auraient pu écrire un Hey Julie

On pourrait se demander si ce n’est pas un modèle exportable à de la musique plus qualitative. Après tout, la presse de qualité s’est également vendue au SEO (Search engine optimization) en écrivant des articles pour les lecteurs, mais aussi pour les moteurs de recherche, avec l’insertion de mots-clés ciblés dans les titres.

Après tout, pourquoi certains artistes ne feraient pas plusieurs versions de leur chanson pour s’adapter aux recherches ? Par exemple, en faisant varier le prénom dans le titre de leur chanson. Les Beatles ont écrit “Hey Jude”, ils auraient très bien pu en faire une centaine d’autres versions avec d’autres prénoms !

Vincent Glad

 


 

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