Il like tout sur Facebook pendant 48 heures

L'actualité numérique Mardi 19 août 2014

Réécoute
Il like tout sur Facebook pendant 48 heures
Un journaliste du magazine américain Wired s'est imposé une expérience : aimer tout ce qu'il voit passer sur son fil Facebook. Il en ressort dégoûté.

 

Rendez-vous en enfer aujourd'hui, ou en tout cas quelque chose qui s’en rapproche... Imaginez: vous êtes sur Facebook, à checker vos pokes et le profil de ce mec/de cette nana qui vous plaît bien… quand soudain, paf! vous décidez de tout aimer. Non pas de devenir un gros bisounours, mais de poser vos "like" sur tout ce qui passe.

Tout! Les articles que vous ne lisez jamais, les vidéos insupportables qui se lancent toute seules et censées vous faire pleurer, les pages à la con façon "j’aime le saucisson et les rillettes", les marques qui s’affichent sur le côté de la page (oui, même La Redoute et cette pub pour les Crocs). Bref, tout !

Si cette expérience vous paraît dingue et inenvisageable,  figurez vous qu’un journaliste de Wired a décidé, pour la science et l’humanité, de s’infliger cette certaine vision de l’enfer…

 

S'il est ressorti vivant de cette aventure, cette dernière l'a aussi salement amoché. Vu qu’il conclut son expérience sur Wired, par un catégorique:

Je n’ai pas du tout aimé ça.


 

Et on le comprend vu la tournure qu’ont pris les choses en seulement 48 heures. L’expérience a en effet duré deux jours, car dit-il, il ne pouvait vraiment pas aller au-delà, ayant atteint ici son seuil de saturation de distribution frénétique de “j’aime”.

Il faut dire qu’il a tout aimé, tout, même quand sa pote a posté cette photo où son enfant était tout couvert de bleus après une chute sur le ciment. Sa seule limite, explique-t-il, était la mort. Pas la sienne, quand même, mais celle des autres, annoncée, parfois sur Facebook.

48 heures de "like" intensif

L'effet de ce dépôt intensif de pouce s'est très vite fait sentir.

A la fin du premier jour, il raconte comment son fil d’actu Facebook s’est transformé pour ne compter au final plus que des médias, américains dans son cas donc, et des marques.

Il raconte aussi comment, après avoir aimé un message sur Gaza en faveur d’Israel, son fil Facebook a très nettement basculé à droite, voire même, dit-il, à l’extrême-droite. Il a vu des pages contre l’immigration ou en faveur du port d’armes. Qu’il a évidemment toutes aimées.

De la même façon, il raconte ensuite comment son Facebook a ensuite légèrement penché de l’autre côté, à gauche, puis à l'extrême-gauche.

Mais il y a bien pire que cette affichage politique indésirable.

Mon fil est devenu stupide, sans aucune humanité

En effet, le journaliste raconte comme son fil Facebook est carrément devenu... «profondément stupide»! Rempli de trucs à la con sur des petits chats mignons, des bébés qui ressemblent à Kanye West ou de nuages en forme de pénis. Qui, sympathiques à petites doses, peuvent vite devenir insupportables...

Un enfer qui a en plus été retransmis en direct live à tous ses amis qui se sont vus notifiés de chaque like. Tant et si bien qu’ils ont tout de même fini par se demander si le compte de leur pote n’avait pas été hacké...

Mais pire encore que la honte ou la bêtise... il n’y avait plus aucun humain! Au bout d’un moment en effet, il n’y avait plus que des marques, des médias ou de la pub. Plus d’humains, plus d’amis.

Et particulièrement sur mobile où le journaliste s’est rendu compte que le like avait une valeur telle que mieux valait mettre en avant des contenus potentiellement juteux pour la marque… comme pour Facebook, qui en tire profit.

Quote d'amour et bulle de confort

C’est d’ailleurs la première conclusion que ce journaliste retire de cette expérience:  nos "j’aime" sont devenus un un véritable baromètre financier de la cote d’amour d’une boite.

Quant à sa seconde conclusion, elle n’est pas franchement rassurante. Puisque, dit-il, cette expérience prouve une nouvelle fois la manière dont les sites actuels, Facebook ou bien Google, nous enferment dans ce que nous aimons et savons déjà. Dans des bulles d’adhésion et d’indignation qui renforcent nos convictions. Et ne nous font surtout, mais alors surtout pas sortir de notre zone de confort.

Andréa Fradin


Crédit photo CC Flickr :

Paternité Certains droits réservés par Sean MacEntee

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