Il capo di tutti capi!

Plan B (best of) Mercredi 06 juin 2012

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Il capo di tutti capi!
Frédéric Bonnaud reçoit Sergio Toffeti pour le cycle Film noir à l'Italienne à la Cinémathèque française et Jean-François Rauger pour son livre L'oeil qui jouit (Yellow Now).

Films noirs à l'italienne, un cycle de projection à la Cinémathèque française, par Sergio Toffeti.

Toutes les séances sont à retrouver sur le site de la Cinémathèque française.

Une danseuse droguée, maîtresse d'un résistant communiste, dénonce celui-ci aux Allemands, poussée par une auxiliaire lesbienne des SS qui la fournissait en morphine. C'est ainsi que Variety résumait plus ou moins le scénario de Roma, città aperta (Rome, ville ouverte), à l'occasion de la sortie du film sur les écrans américains en 1946. Il s'agit, effectivement, d'une description exacte du scénario, au-delà de toute considération éthique ou politique.

De la même façon, si l'on passe outre esthétique et politique, Ossessione (Les Amants diaboliques) devient un simple fait divers avec deux « amants diaboliques » qui assassinent le mari d'une Madame Bovary de la plaine du Pô, guidés par la pulsion sexuelle et l'avidité. Étonnament, les deux films cardinaux du néo-réalisme italien contiennent un noyau dur issu du mélo noir, hyper genre essentiel du cinéma italien à ce moment crucial de son histoire : de la chute du fascisme jusqu'au début du miracle économique.

Les films de la période qui précède l'âge d'or de la comédie peuvent se diviser en deux catégories : les films « sur le peuple », conformément à la définition du néo-réalisme par la tradition critique, et les films « pour le peuple » dans lesquels s'exprime la rhétorique des genres, en premier lieu le mélodrame et la comédie, soit les films pour pleurer et les films pour rire, suivant en cela la tradition culturelle italienne qui avait créé la commedia dell'arte pour s'esclaffer et l'opéra lyrique pour verser des larmes.

Sergio Toffetti (Traduit de l'italien par Jean-François Rauger).

L'oeil qui jouit, un livre de Jean-François Rauger, oublié aux éditions Yellow Now.

Écrire sur le cinéma est une activité dont j’ai longtemps simplement rêvé la possibilité avant de passer à l’acte. Car là aussi, je n’ai pas été particulièrement précoce. Les écrits réunis ici représentent une petite partie d’un travail d’écriture qui s’est étalé sur une vingtaine d’années.

Des textes de toutes origines s’y côtoient, de la critique pure à la présentation de programmations pour la Cinémathèque en passant par des articles destinés à des revues ou des ouvrages collectifs.Textes marqués par les circonstances, souvent écrits vite, en fonction des commandes, des bouclages, bref, des circonstances. Il ne faut pas forcément chercher dans les choix effectués la synthèse exemplaire et cohérente d’un goût cinéphilique particulier. Beaucoup de noms manquent à l’appel même s’il était inimaginable qu’il n’y ait pas au moins quelque chose sur Jean Renoir, le seul cinéaste qui m’ait « appris à vivre ».

Sinon, il était peut-être important que soit visible cette contradiction (mais en est-ce une ? qui mélange un goût hérité de la lecture, très jeune, des Cahiers du cinéma, dans le désordre et toutes périodes confondues, avec une appétence pour des formes dites mineures ou marginales, les chefs-d’œuvre estampillés avec le cinéma dit bis, le théorique et le tripal. Un résidu d’enfance guidé par un pur principe de plaisir ? Peut-être. Et puis renouveler à l’infini le geste cinéphilique d’ennoblir un mauvais objet ne se refuse pas. Finalement si programmer des films c’est écrire une histoire du cinéma, écrire c’est aussi se programmer soi-même.

Vous pouvez retrouver plus de détails sur le site de Yellow Now, maison d'édition de qualité.

Photo: L'étrange Monsieur Peppino, un film de Matteo Garrone, projeté à la Cinémathèque française.

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