Hunger King, le fast-food hongrois à deux vitesses

Pendant ce temps, à Vera Cruz (old) Vendredi 20 juin 2014

Réécoute
Hunger King, le fast-food hongrois à deux vitesses
Alors que les inégalités se creusent en Hongrie, un artiste a trouvé le moyen de les illustrer : Hunger King, une parodie de fast-food avec une file d'attente pour les pauvres, une autre pour les riches. Et devinez qui a le meilleur menu ?

A gauche, un tapis rouge "pour les riches", quasiment désert. A droite, pas de tapis et une file d'attente interminable. Avec Hunger King ("le roi de la faim"), l'artiste finlandais Jani Leinonen parodie Burger King et personnifie la fracture sociale, dans cette expo en plein cœur de Budapest.

Des chômeurs et des SDF sont payés par l’artiste pour faire la queue devant ce pseudo fast-food. Kalman a 62 ans. Il ne touche que 200 euros de retraite. Il a perdu son appartement et vit dans un foyer :

Hunger King © Florence La Bruyère
 
 
 
 
 
 
 

On participe à une « performance »… Vous savez, la mairie de Budapest ne nous fait pas de cadeaux. Ils chassent plutôt les pauvres. Leur devise, c’est : Ecrasez-les du pied ! comme disait Robespierre.


 

 

 

 

 

Car le gouvernement de droite populiste de Viktor Orban a fait beaucoup de cadeaux à la bourgeoisie, dont de généreuses réductions d’impôt. A l'inverse, les plus démunis et les handicapés ont vu leur revenu baisser. Les SDF sont passibles d’amende et s’ils ne peuvent la payer, vont en prison.

Derrière le comptoir de Hunger King, les hamburgers et les frites sont en papier. Pour les riches, les burgers s’appellent « réductions d’impôt » ou « écoles subventionnées ». Pour les pauvres, ils s’appellent « ségrégation scolaire » et « harcèlement policier ». Jani Leinonen :

Si vous êtes riche, pour 600.000 forints, vous pouvez acheter un hamburger en papier. On les vend vraiment. Et si vous avez fait la queue pendant 4 ou 5 heures, eh bien vous recevez ce petit sac qui contient le salaire minimum pour une journée : 3.400 forints.


  

Le soir, les figurants qui ont fait la queue toute la journée reçoivent leur salaire. Des petites gens, tellement nombreux à Budapest que le budget de l'expo est épuisé. Et le fait d'employer ainsi des pauvres à faire le pied de grue, est mal perçu par les riverains. Explications de l'artiste :

Quand Apple lance un nouveau produit, un nouvel iPod, les consommateurs ont le droit de faire la queue dehors et même de camper dans la rue. Mais à Budapest, si les gens dorment dehors, ils doivent payer une amende. Moi en fait, je leur donne une excuse pour être dans la rue. Cette expo, c’est une façon de tourner la loi en dérision. Et c’est aussi une manifestation.


© Florence La Bruyère


A Budapest, Hunger King fait grincer des dents. Les voisins se plaignent, la police veut faire retirer le tapis rouge. Si les distribution d'argent sont terminées, l'expo se poursuit jusqu'au 3 juillet, avec des débats et des documentaires sur les sans-abri.

Reportage, photos : Florence La Bruyère / Edition : Sébastien Sabiron.

Image d'illustration : © Hunger King.



Parce qu'il y a toujours un Vera Cruz à l'autre bout du monde, retrouvez l'ensemble de nos reportages en cliquant par  !

Et abonnez-vous au podcast, RRS et iTunes.

Commentaires