"Hippocrate", le blues des jeunes blouses

La Pop au carré Mercredi 03 septembre 2014

Réécoute
"Hippocrate", le blues des jeunes blouses
Le second long métrage de Thomas Lilti plonge Vincent Lacoste dans le quotidien des internes en médecine. Un portrait drôle, précis et touchant de l'hôpital public et des métiers qui le composent.

La première scène résume à elle seule le propos d'Hippocrate. Benjamin, 23 ans, navigue dans les coursives de l'hôpital de Garches en quête d'une blouse pour son premier jour d'internat. Il réclame une "taille 2", on lui donne une "taille 4", tachée, mais "des taches propres", lui assure-t-on.


Hippocrate
est un film d'apprentissage. L'apprentissage d'un gamin pétri de certitudes (sur ses aptitudes, sa vocation...), mais très vite perdu dans une blouse trop grande pour lui, écrasé par des responsabilités qu'il n'imaginait pas devoir assumer si vite.

Vincent Lacoste, interne en blouse taille 4 © Jair Sfez


Pour écrire son second long métrage, le réalisateur Thomas Lilti a puisé dans ses propres souvenirs d'études. Bachelier à 16 ans, il rêve de cinéma mais sous la pression familiale, se lance dans des études de médecine. Médecin généraliste, il exerce toujours à mi-temps, en parallèle de ses activités de cinéaste.

Sa connaissance du métier transpire dans sa façon de filmer l'hôpital. Une description précise et détaillée, à mille lieues des stéréotypes hollywoodiens.

Je ne voulais pas filmer le contenant [l'hôpital], mais le contenu : ces hommes et ces femmes qui y travaillent. J'ai fait un choix de mise en scène au plus proche des acteurs, la plus légère possible, avec des scènes longues, dont on pouvait adapter les dialogues au fur et à mesure.


Reda Kateb et Jacques Gamblin © Jair Sfez


Dans le rôle de Benjamin, Vincent Lacoste (découvert dans Les Beaux Gosses) opère sa mue, impeccable de sobriété, passant de l'interne ambitieux et un peu flambeur au médecin junior en proie au doute.

A ses côtés, le magistral Reda Kateb (Un Prophète, Zero Dark Thirty) incarne un médecin algérien, expérimenté mais employé et rémunéré comme un interne. Des médecins étrangers qui constituent une sorte d'armée des ombres de l'hôpital public français. Thomas Lilti (cliquez sur le player) :

Reda Kateb © Jair Sfez


Le film évoque également la fin de vie, l'acharnement thérapeutique, l'erreur médicale, la mort. Autant de sujets auxquels les jeunes praticiens sont rapidement confrontés (notamment pendant les gardes), malgré leur jeunesse et leur inexpérience.

Toujours drôle, souvent grave mais jamais plombant, Hippocrate pointe les limites du système hospitalier (sous-doté, surpeuplé) et en filigrane, celles de la formation médicale. On y découvre les arcanes d'un métier passionnant, où l'humain prend souvent le pas sur la science et la médecine.

Autodiagnostic © Jair Sfez


Alors si vous prenez ou reprenez cette semaine le chemin de la fac de médecine, le Mouv' vous prescrit une dose d'Hippocrate. A renouveler en cas de coup de "blouse".

> Hippocrate de Thomas Liliti, avec Vincent Lacoste et Reda Kateb. En salles ce mercredi 3 septembre.

> Retrouvez toute cette semaine Un café avec Reda Kateb, par Elodie Font, à 9h sur Le Mouv'.

Reportage : Sébastien Sabiron / Photos : © Jair Sfez

 


 

Chaque jour le Mouv' met la Pop au carré, reportages à écouter par ici.

Et abonnez-vous au podcast RSS et iTunes.

Commentaires