Harry Potter, de Poudlard jusqu'à Sciences Po

le Reportage de la Rédaction Vendredi 22 novembre 2013

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Harry Potter, de Poudlard à Sciences-Po
Sciences Po n'est pas une école comme les autres. Depuis la rentrée, l'établissement parisien de la rue Saint-Guillaume propose un tout nouveau cours qui sort de l'ordinaire : une analyse des sept romans "Harry Potter".

 

Augustin Arrivé, de la rédac' du Mouv', a transplané jusqu'à Sciences Po. Son reportage est disponible en cliquant ci-dessus.

 

"Harry Potter de J.K. Rowling, approche littéraire, psychanalytique et politique". Quand les étudiants de deuxième année de Sciences Po ont vu cette proposition dans la liste des matières optionnelles, à la rentrée dernière, ils se sont rués dessus. "Mes élèves sont ceux qui ont une bonne connexion internet", s'amuse François Comba. "Les places sont parties très vite."

 

La lecture intégrale des sept volumes est évidemment indispensable © Macieclew

 

Le professeur, qui a plutôt l'habitude de disséquer l'oeuvre de Stendhal, Gide ou Rousseau, n'a pas eu de difficultés à convaincre la direction de l'école. "Avec ces enseignements optionnels, nous sommes censés offrir des récréations intellectuelles. Intellectuel, ça veut dire méthodique et basé sur une réflexion, mais on peut se permettre de transporter les étudiants assez loin des préoccupations habituelles de Sciences Po."

 

Ca ne signifie pas qu'on va passer un semestre à se poiler en lançant des formules magiques dans le vide. "Ce que je voulais, c'est redécouvrir la saga d'une autre manière", explique Juliette Chopin, parmi la vingtaine d'inscrits. "Quand on est petit, on se laisse porter par la magie, mais notre prof nous indique des références littéraires ou politiques qu'on n'aurait jamais remarquées."

 

Severus Rogue et Monsieur Darcy, mêmes tares, même caractère, même combat

 

Severus Rogue se retrouve comparé au Monsieur Darcy d'Orgueil et préjugés ("ce sont des personnages qui s'aveuglent de leurs propres lumières") et Lord Voldemort devient sujet des principes psychanalytiques de Jacques Lacan ("ce n'est pas par hasard s'il tue d'abord son père"). "Les références sont d'un niveau plus élevé que ce que j'imaginais", reconnaît Pauline Delmas, "mais ce n'est pas non plus inaccessible."

 

A condition d'avoir un bon bagage culturel. A la fin de La chambre des secrets, 2e tome de la série, Harry délivre Ginny Weasley, prisonnière d'un serpent géant. François Comba y voit une évocation de Persée sauvant Andromède, sacrifiée à un monstre marin. Et lorsqu'Hermione se met en tête de libérer les elfes de maison, l'émancipation de la classe ouvrière par la gauche n'est pas loin.

 

Persée libérant Andromède, par Piero di Cosimo (1515) © CEA

 

"En même temps, on n'est pas venus là pour se marrer", corrige Edgar Dubourg, qui a dû se refarcir les sept volumes pour un exposé sur la famille Weasley. "Moi je voulais enrichir ma culture générale. Ce cours nous mène vers beaucoup d'autres domaines que le seul monde d'Harry Potter. Et a posteriori, je pense que ça s'inscrit à merveille dans le programme d'ouverture de Sciences Po."

 

"Il arrive souvent que les rôles s'inversent", avoue le professeur."Les élèves m'ont fait remarquer l'autre jour que la dévotion totale de Dolores Ombrage à son ministre de tutelle, quitte à renoncer à ses principes, pouvait se rapprocher du fascisme."

François Comba © Augustin Arrivé

 

Pour son prochain cours, il envisage une étude de l'oeuvre d'Alexandre Dumas. Ce n'est pas encore certain. Au fond, ça ne serait pas si différent, méthodologiquement, d'une analyse des livres de J.K. Rowling : "La littérature, dans son ensemble, est une suite d'exceptions. Aucune oeuvre ne ressemble à une autre. C'est la relation que l'on a avec ces oeuvres qui permet de faire apparaître leurs rapports."

 

 

Si vous n'êtes pas inscrit au cours de François Comba, un petit aperçu est disponible sur le site Profondeur de Champs. Cliquez ici.

 

Harry Potter inspire également les philosophes. Gilles Vervisch nous en a parlé cette semaine. Retrouvez sa chronique par.


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