Great Black Music

Les lectures Mercredi 07 mai 2014

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Great Black Music
©Salomé Kiner

Ce n’est pas une question de race, c’est quelque chose « d’intrinsèque, d’indigène, quelque chose dans la manière de mettre des phrases ensemble, dans la structure, le texture, le ton… », écrit Toni Morrison pour parler de l’art noir.

 

 

Ce petit quelque chose qui fait danser, qui fait battre la mesure et le coeur, les commissaires de l’exposition GREAT BLACK MUSIC sont allés le chercher dans une palette de manifestations très large.

A la Cité de la Musique, où l’exposition, inaugurée en mars et visible jusqu’au 24 août, ou dans ce catalogue, (plus un beau-livre qu’un support muséal) le postulat est clair : la « black music » n’est pas africaine, elle est universelle.

On peut la structurer en trois thématiques, profondément mêlées mais dont l’articulation fait sens lorsqu’elle est amenée par les experts qui signent ce livre, Emmanuel Parent en tête. Elles iraient, plus ou moins, del'’Afrique mythique des origines (Mama Africa ; Rythmes et rites sacrés), aux expressions de la diaspora africaine (Les Amériques noires) tout en signant la partition du mouvement noir (Un fil historique).

Ce n’est donc pas d’un patrimoine musical local dont il est question sous ce terme générique. Mais de celui, mondial, d’une conscience culturelle née dans les plantations, sous des régimes colonialistes, dans l’écho litanique des chaînes de la traite négrière.

 

Terreau de la reconstruction culturelle à l’épreuve du racisme et des ségrégations, l’idée de « musique noire » est donc américaine avant d’être africaine.
Pourtant, le pluriel s’impose dès la lecture du sommaire de Great Black Music. Cette identité panafricaine, c’est aussi bien Duke Ellington que la samba Brésilienne, l’Afrique colonisée d’Ok Jazz que le hip-hop mondialisé qui laisse tomber les luttes pour faire l’apologie de l’argent sale et des filles callipyges.

 

 

Les voix du drame

Ce sont les délires identitaires de Michaël Jackson ou les dérives rastafari de Bob Marley. Ce sont les vies romanesques et engagées de Miriam Makeba ou Gilberto Gil, Nina Simone et Fela Kuti.

Il suffit de jeter un œil au « fil historique » pour prendre la mesure du récit que raconte en musique l’étiquette Great Black Music :

En 1927, année de crues historique du Mississipi,  Bessie Smith chante Back Water Blues. En 1968, James Brown enregistre Say It Loud ,  hymne à venire du Black Power. En 2003, le slameur Saul Williams sort Not in My Name, un album qui clame son opposition à la guerre en Irak :

 

 

 

Mais cette lecture politique et sociale ne suffit pas à unifier les « musiques noires ». Seule, elle est injuste, et réductrice.

 

La Great Black Music, en plus de chanter son histoire, ses luttes et ses ancêtres, a nourri certaines des révolutions artistiques qui marquèrent au fer rouge l’histoire de la musique au XXème siècle : Jimi Hendrix, James Brown, Miles Davis, John Coltrane, Wu Tang Clan, …

Ces figures totémiques majeures, qui façonnèrent leur génie en métissant les sources et renouvelant les influences, ce sont elles, aussi, qui font le "formidable" de la Great Black Music.

 

 


 

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