Gravity, l'espace (presque) en vrai

L'actualité numérique Mercredi 23 octobre 2013

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Gravity, l'espace (presque) en vrai
Le thriller cosmique qui explose le box office américain depuis trois semaines débarque en France, pour un résultat bluffant de réalisme. Malgré quelques approximations, les scientifiques ont tranché : c'est une véritable odyssée spatiale.

 

[ALERTE SPOILERS : cette chronique analyse les éléments de l'intrigue déjà présents dans la bande annonce, ou la présentation qu'en ont fait les médias. Mais si c'est déjà trop pour vous, collez ce lien dans vos favoris et revenez après votre séance perso de Gravity !]

Tout le monde en parle, la critique est unanime : Gravity est le film à voir cette semaine, sur lequel misent les salles pour faire rebondir l'activité moribonde de ces dernières semaines.

 

Si Gravity est un bon film (on vous laisse en juger), est-ce surtout un bon film sur l'espace ? C'est la question à laquelle une large communauté composée de fous d'espace et de scientifiques a tenté de répondre ces dernières semaines : le film a été analysé, disséqué, commenté, pour voir si l'histoire se pliait bien aux dures réalités intersidérales.

Un objectif d'ailleurs assumé par le réalisateur de Gravity lui-même, Alfonso Cuaron, même s'il reconnaît néanmoins avoir dû prendre quelques libertés.

Verdict des space-geeks : oui, Gravity est crédible.

Bien sûr, il y a bien quelques erreurs. L'astrophysicien Neil DeGrasse Tyson, l'équivalent américain de notre Hubert Reeves national et véritable starlette d'Internet, a par exemple abondamment listé sur Twitter ce qui ne collait pas dans Gravity : l'alignement de certains satellites et des stations spatiales, qui ne sont en réalité pas à la même altitude, ou le fait que les cheveux de Sandra Bullock ne dansent pas librement sur sa tête en condition de microgravité - ou micropesanteur, pour utiliser le terme qui définit cet état de flottement des corps dans l'espace.

Mais mis à part ces broutilles, Tyson prévient :

"Mes tweets reflètent mal mon opinion. Plutôt mon regard sur le monde. Mais si vous voulez tout savoir, j'ai beaucoup aimé Gravity."

Il a d'ailleurs précisé par la suite "la centaine de choses crédibles du film" : le calme du personnage de George Clooney pourtant plongé en situation de stress (qui n'est pas sans rappeler l'anecdote récente de cet astronaute qui a failli mourir noyé durant une sortie spatiale), le travail d'orfèvre sur le son (car la non propagation des sons dans l'espace n'est pas valable que pour Alien) ou bien encore, et surtout, les images de la Terre vue du ciel.

Ces dernières ont fait l'unanimité, auprès notamment de la Nasa, qui a d'ailleurs filé un coup de main à l'équipe de Gravity, et des astronautes qui ont vu le film. Seul bémol de "Buzz" Aldrin, qui a tout de même marché sur la Lune, la photo manquait tout de même de nuages. Mais la légende ne s'en dit pas moins "très impressionné".

Autre bizarrerie pointée par le magazine Time, le fait que les astronautes du film tentent, comme on peut le voir dans la bande annonce, de s'agripper avec autant de force. Les gants des combinaisons ne permettent pas en effet une telle flexibilité : une journée de travail à l'extérieur suffit à rendre les mains glacées et extrêmement douloureuses. "Les prises à une main type Cirque du soleil accomplies par Clooney et Bullock seraient impossible", raille le magazine qui conclut néanmoins sur le stupéfiant réalisme de Gravity :

La navette, la station et les combinaisons spatiales sont minutieusement recréées ; la physique des mouvements dans l'espace [...] sont toutes simulées avec beauté, angoisse et précision.


 

Une reconnaissance scientifique durement gagnée par l'équipe du film, qui a demandé plus de quatre ans pour être réalisé ! C'est la beauté de l'exercice : pour composer cette "ode à la technologie spatiale", objectif avoué d'Alfonso Cuaron, il a fallu recréer aussi toute une technologie. En particulier pour reconstituer ce flottement si spécifique à l'espace.

Pour y parvenir, l'équipe a tout essayé : filmer dans l'eau, harnais classiques, et même les vols paraboliques qui recréent brièvement dans un avion cette micro-gravité ! Pour un résultat toujours pas satisfaisant (et très vomitif...)

Du coup, Cuaron a eu l'idée de réaliser une boîte, recouverte à l'intérieur de millions d'ampoules LED pour recréer la lumière si particulière de l'espace. Une idée qui lui est apparue lors d'un concert de Peter Gabriel, chanteur décidément fortement lié à l'espace : il a composé la musique de Wall-E et un astéroide porte son nom !

Des caméras, montées sur des robots normalement utilisés pour le montage des voitures, entouraient ce cube de lumière, dans lequel flottaient sanglés de toute part, tels des marionnettes, George Clooney et surtout Sandra Bullock. Cette dernière y aurait passé près de onze heures d'affilée ! Une expérience "douloureuse" à l'en croire, mais pour un résultat qui vaut le coup d'oeil.

 

Tellement saisissant qu'un journaliste a osé demander au réalisateur s'il était difficile de tourner dans l'espace ! A priori une boutade, à laquelle le cinéaste s'est par ailleurs joyeusement prêté, mais qui reflète bien le ressenti face à Gravity. Qui pose une autre question, soumise par Neil DeGrasse Tyson: pourquoi être autant emballé par un film hyper-réaliste sur l'espace, quand les vrais astronautes eux, et la véritable conquête spatiale, sont aujourd'hui si souvent oubliés ?

SONS :

- Bande annonce de Gravity.

- "Space oddity" dans l'ISS, superbe interprétation de l'astronaute Chris Hadfield, qui a en plus abondamment documenté son voyage à bord de la Station spatiale internationale !

Andréa Fradin

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