GoPro : et maintenant, le marketing du fail ?

L'actualité numérique Lundi 23 juin 2014

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GoPro : et maintenant, le marketing du fail ?
Vous arrivez à saturation des vidéos de chute libre et de descente en VTT filmées à la première personne ? Et si on passait aux accidents ?

 

Ca finirait presque par devenir lassant : un sportif, caméra vissée sur la tête, saute d'une falaise la tête la première, tente un backflip en VTT à flanc de montagne ou franchit des barres rocheuses en monoski entre deux baillements. Sur YouTube, les films GoPro sont devenus un genre à part entière. Celui des sensations fortes par procuration (pour ceux qui les regardent) et de la facilité déconcertante (pour ceux qui les réalisent).

Et puis ce week-end, le fabricant de caméras - qui ne cache plus son ambition de devenir un média à part entière - a décidé de changer de registre, en publiant la vidéo d'une vraie grosse gamelle déjà visionnée plus de deux millions de fois.

Contexte : le 18 mars dernier, Guerlain Chicherit, un skieur français qui joue au pilote de rallye pendant son temps libre, tente de battre le record du monde du saut le plus long en voiture. Lancée à 160 km/h dans la station de ski de Tignes, sa voiture décolle sur la rampe. 100 mètres plus loin, l'atterrissage est douloureux. En butant sur la neige compacte, le véhicule part dans une série de tonneaux avant de s'immobiliser dans un effroyable silence.

 

De GoPro à Liveleak

Heureusement, Chicherit ne souffre que de blessures légères et trois mois plus tard, comme un symbole, GoPro décide de rajouter une couche de storytelling à ce crash. 12 minutes qui se terminent en apothéose : une dislocation en slow motion, sous tous les angles, y compris celui de l'habitacle, à l'intérieur duquel on peut voir le corps désarticulé du pilote subir la violence de l'impact. Le résultat se situe dans une zone inconnue, quelque part entre les X-Games et Crash de David Cronenberg.

Pour une fois, GoPro oublie le culte de la performance pour montrer l'échec (sans se départir de ses traditionnelles vertus esthétisantes, évidemment). Et derrière son montage très professionnel, ce petit film vient percuter de plein fouet le monde de la vidéo amateur, où les chutes et ratés en tous genres nourrissent quotidiennement le panthéon du "fail". Et GoPro de prendre la mesure de cette maxime : sur Internet, il y a toujours quelqu'un pour vous regarder vous vautrer.

Un exemple issu des fameuses dashcams

 


A sa façon, cette "Long Jump Story" (tel est son titre) rappelle le filon inépuisable de Livelak, celui de la "dashcam", cette activité particulièrement populaire en Russie et qui consiste à réhausser son tableau de bord d'une caméra qui finit forcément par capturer un accident - plus ou moins grave - de la circulation. Reste à savoir ce que fera GoPro quand il y aura un mort.

Olivier Tesquet


 


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Photo Flickr CC BY-NC-ND 2.0 ahockley

 

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