Google se jette à l'eau

L'actualité numérique Mercredi 30 octobre 2013

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Google se jette à l'eau
Dernière rumeur en date : le géant du web serait en pleine construction d'un data center flottant! S'il n'a pas confirmé cette information, le site Cnet.com affirme de son côté que tout porte à croire que Google s'est jeté à l'eau. Vers un Waterworld connecté ?

 

L'affaire est consciencieusement tenue secrète. Mais le site américain Cnet.com a mené l'enquête et l'affirme: tout porte à croire que Google est en train de construire un data center flottant !

Pour rappel, un data center, ou centre de traitement de données en bon français, est la matérialisation du prétendu "nuage" d'Internet (le fameux concept de "cloud" aujourd'hui sur toutes les lèvres) : un endroit où l'on va stocker dans des rangées et des rangées de serveurs les données que nous échangeons chaque jour sur le réseau. De nos mails à la dernière vidéo trop choubidou de l'ornithorynque qui gigote.

Une sorte d'étagère du Net en somme, dont le volume est généralement proportionnel à la taille de l'entreprise qui le possède : imaginez donc le profil des data centers de Google ! Des milliers et des milliers de mètres carrés de câbles et de serveurs, qui produisent ensemble un vacarme et une fournaise infernaux !

 

Reportage de Claire Chaudière dans un data center, pour la matinale du 28 octobre 2013. Attention les oreilles !

Construire et maintenir un data center est donc contraignant, et Google comme d'autres géants du web sont connus pour chercher activement des solutions afin que le tout occupe moins de place et -surtout- coûte moins cher.

Waterworld, super production de 1995 que tout le monde a oubliée.

Objectif qui pourrait expliquer en partie que Google se jette aujourd'hui à l'eau ! Certes, on est encore loin d'un data center en forme de plate-forme pétrolière façon Waterworld : le mystérieux chantier sur lequel Cnet.com est allé fouiner se trouve en effet dans la baie de San Francisco, sur l'île artificielle de Treasure Island. Ou plus précisement sur une barge de 80 mètres de long, sur laquelle s'empilent quatre étages de containers, ces gros parallélépipèdes de toutes les couleurs visibles dans les ports, et qui servent à transporter autour du monde à peu près tout et n'importe quoi.

"Cette structure pourrait-elle être un navire data center?" se demande le site avant de répondre :

Un expert à qui nous avons montré des photos de la structure le pense, notamment parce qu'une barge fournit un accès facilité à une source de refroidissement, ainsi qu'une source d'énergie peu coûteuse - la mer. Et encore plus parlant, Google s'est vu accorder un brevet en 2009 pour un data center flottant, et mettre les data centers au sein de containers est déjà une pratique bien établie.


 

Si Google ne confirme évidemment pas, gardant jalousement secrets ses projets de data centers -malgré un site dédié-, d'autres signes troublants constituent un faisceau de preuves avance Cnet : les images du chantier, d'ailleurs visibles sur... Google Map, les bars alentours où l'on atteste que beaucoup de clients règlent ces derniers temps avec une carte de crédit signée Google, ou différents témoignages évoquant un projet du géant du web.

Mais alors, pourquoi aller sur l'eau ?

Comme l'explique très bien le brevet déposé par Google, d'ailleurs accessible en ligne avec plein de petits schémas, cette formule flottante permet à la fois de produire de l’électricité, avec la force des vagues, de rafraîchir le tout, parce que ce matos produit une chaleur d’enfer et enfin de déplacer hyper facilement les infrastructures un peu lourdes des data centers. Pour se rendre sur des sites touchés par des catastrophes naturelles, met par exemple en avant Google.

Il se peut donc que ce projet soit donc bien réel. Un deuxième chantier supposé vient d'ailleurs d'être identifié dans le Maine. Il est en tout cas suffisamment pris au sérieux pour susciter de nombreuses réfléxions sur le statut légal que prendrait ces navires numériques d'un nouveau genre.

Nos données hors de toute juridiction ?

Car si Google semble pour le moment vouloir rester amarré, que se passera-t-il quand il décidera de prendre le large ? Avec à bord, toutes nos données ? A quelle juridiction se soumettra ce vaisseau numérique vu qu’en droit, la mer est saucissonnée en de nombreuses zones différentes ?

Comme le rappelle le chercheur Antonio Casilli, le fait d’avoir des échanges commerciaux avec les résidents d’un pays force a priori à se soumettre à sa juridiction. Ce qui résoud une partie de l'équation. Même si la réalité n'est pas simple: il suffit de constater comment l’Europe rame pour forcer Google à se mettre en conformité en matière de protection des données personnelles...

Pire encore, alors que le monde entier galère à essayer de taxer Google, en raison d'une imposition profondément liée à la notion de territoire sur lequel s'implantent les usines et le siège des entreprises, un data center offshore ne simplifiera pas le débat !

En attendant, Google fait tout pour rester discret. Avec parfois, un sens de l'humour douteux. Exemple : la société censée louer le hangar qui accueille le mystérieux chantier de Treasure Island s'appelle "By and Large LLC". Soit quasiment mot pour mot le nom de la multinationale qui s'affiche sur tous les murs et écrans du film Wall-E ("Buy n Large LLC").

 

C'est peut-être une étrange coincidence, mais les observateurs y voient surtout une société coquille chargée de masquer les activités de Google.

Sous forme d'un clin d'oeil douteux: pour rappel dans Wall-E, Buy n Large conduisait la Terre à sa perte. On espère franchement que Google s'abstiendra.

SONS :

- Fausse réclame BnL pour le film Wall-E. "Buy n Large, everything, all the time": un slogan un peu flippant qui irait comme un gant à Google!

 

Andréa Fradin

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> Crédits photos CC Flickr Enter s.r.l

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