Godzilla, gros monstre balourd

La Pop au carré Mardi 13 mai 2014

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Godzilla, gros monstre balourd
La déception face au nouveau "Godzilla" est proportionnelle à l'excitation suscitée par sa campagne promo. Le film de Gareth Edwards gâche ses atouts pour nous proposer un simple combat spectaculaire entre monstres, scénaristiquement inepte.

 

Alors qu'Hans Ruedi Giger, le créateur d'Alien, vient de trépasser, nos retrouvailles avec l'autre grand monstre du cinéma fantastique nous laisse dubitatif. On attendait beaucoup de ce Godzilla, annoncé depuis des mois par une campagne marketing minutieusement calculée. L'excitation était montée, semaine après semaine, au gré des indices délivrés par la Warner, comme le cri glaçant du monstre balancé sans explication, un beau jour, sur SoundCloud.

 

 

Surtout, la bande-annonce diffusée en février révélait Bryan Cranston dans son premier grand rôle depuis la fin de Breaking Bad. "Vous mentez !", gronde-t-il façon Heisenberg. "Ce n'était ni un tremblement de terre, ni un typhon. Vous essayez de cacher quelque chose." On salivait en imaginant une histoire complotiste à tiroirs, mais cette théorie de la manipulation militaire est rapidement oubliée, et on se retrouve abandonné au milieu d'un combat de catch entre grosses bestioles.

Pire que tout : le personnage de scientifique campé par Cranston quitte très vite l'intrigue, remplacé au premier plan par un Aaron Taylor Johnson qui, depuis Kick-Ass, a échangé son second degré contre une bonne dose de muscles. La frustration est totale.

 

Bande-annonce de "Godzilla", de Gareth Edwards © Warner Bros. Pictures, 2014

 

Tout n'est pas à jeter : visuellement, le film est épatant. Le Britannique Gareth Edwards s'est bien pris la tête pour dessiner son reptile, la Warner a mis la main au porte-feuilles, et ça se voit.

C'était comme un rubik's cube : à force de travail, tu arrives à une face parfaite, tu le retournes et tu te rends compte que l'autre face est ratée. Nous avons procédé comme ça : on a créé 90% de notre Godzilla en deux semaines, et les 10% restants nous ont pris une année.


 

A la décharge des scénaristes, un Godzilla n'a jamais été évident à réussir. On se rappelle du nanar de Roland Emmerich avec Jean Reno en 1998. Mais il y en eut bien d'autres, souvent catastrophiques.

Le lézard géant, né des retombées radioactives d'Hiroshima, servait à l'origine de catharsis au peuple japonais de l'après-guerre. Et ce sont ces mêmes Japonais qui l'ont ridiculisé dans les années 1970, persuadés de pouvoir faire du profit en se tournant vers un public d'enfants. La bête est devenu une marionnette délirante, se battant contre tout et n'importe quoi (Godzilla contre MégalonGodzilla contre King KongGodzilla contre Space Godzilla). Il y eut même un Godzilla robot :

 

Teaser de "Mechagodzilla contre-attaque", d'Ishiro Honda © United Artists, 1975

 

Le principal atout de ce nouvel opus reste en fait de sortir après la catastrophe de Fukushima. Il en utilise toute l'imagerie : la centrale nucléaire qui s'effondre et le tsunami dévastateur. Après ce drame, on comprend mieux la terreur qui saisit les personnages dans les premières minutes du film. Dommage que le long-métrage ne s'arrête pas là.

 

Retrouvez l'excitation des premiers teasers de Godzilla par ici.

Et l'interview de Gareth Edwards, réalisateur du nouveau film, et d'Alexandre Desplat, compositeur de la B.O., c'était dans Pop Corn, et c'est par là.

 


 

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Photo de couverture : photo promo de Godzilla, de Gareth Edwards © Warner Bros, 2014

Critique du film : Augustin Arrivé

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